jeudi 26 avril 2012

Y’a rien là? Ouf… J’ai mal à mon Québec… et à l’humanité.


J’ai évité jusqu’à maintenant de prendre parti publiquement pour les uns ou pour les autres dans cette querelle de droits de scolarité au Québec, par respect essentiellement pour les uns et les autres.

J’ai évité soigneusement tout propos jugeant envers les uns ou les autres. Par respect encore une fois.

J’ai écrit, simplement, que s’il y avait consensus, je prendrais forcément pour les étudiants qui sont, pour moi, l’avenir.

Mais de consensus, il n’y en a pas eu.

Sauf que là, on collectionne, autant d’un bord que de l’autre, un lot d’absurdités qui m’empêchent de rester muet plus longtemps.

Parce que jamais, dans l’histoire du Québec, je n’ai vu autant de conneries s’accumuler.

Et aujourd’hui, mon cœur déborde de douleur pour ce Québec que j’aime, mais qui me donne envie d’aller vivre ailleurs, sur une île déserte où l’hypocrisie serait bannie à jamais.

Et j’entends déjà, des deux côtés, les cris des extrémistes : « Mais vas-y vivre ailleurs! »

Seulement voilà. Je le ferai peut-être. Mais pas avant d’avoir parlé.

Parce que dans ce qui est passe de devenir une guerre, je n’en peux plus de ces bourdes accumulées. Je n’en peux plus de ce renvoi de l’un à l’autre de la boule à ping-pong remplie de gaz puant.

De chaque côté, dans chaque camp, je vois des choses qui me heurtent, me scandalisent, me font frissonner. Et de chaque côté, je vois des gens banaliser la chose.

Beau mécanisme de défense culturel : « Y’a rien là! »

Mais oui, y’a quelque chose là!

Et aujourd’hui, excusez-moi, mais tout m’écoeure. Tout. Ou presque. Et là, j’ai envie de dire ce que j’en pense. Tout ce que j’en pense. Et ça ne sera pas beau, j’en ai peur.

Alors si vous craignez pour vos chastes yeux (ou vos chastes oreilles car vous risquez de m’entendre en me lisant), j’aime autant vous prévenir : lisez autre chose. Arrêtez maintenant. Parce que je n’ai pas l’intention de me censurer.














Encore là? Bon. Alors allons-y.



Tout d’abord un petit commentaire sur les extrémistes des deux camps.

Vos gueules, câlisse!

Si t’as rien d’autre à dire que des niaiseries qui n’alimentent rien dans le débat, que des jugements insignifiants du genre : « y’a un iPhone, la belle vie! » ou bien « Y faudrait mettre de la marde devant la police pour qu’ils pilent dedans en chargeant », de grâce, ta gueule!

L’excuse de l’exaspération? Ben oui. On est des spécialistes en excuses de tout genre. Des spécialistes en démagogie. Des spécialistes pour donner la parole à des remarques dignes d’un QI de grenouille. Tabarnak : vos gueules.



Le camp du oui, ensuite.

Là, je sais, on va m’accuser d’être contre la hausse.

C’est vrai. Je suis pire que ça, je suis pour la gratuité. Je l’ai toujours été. Mais ce n’est pas pour ça que je prends la parole aujourd’hui et si vous croyez que je vais gueuler contre le camp du oui parce que je suis partisan, attendez de lire ce que je vais aussi dire à l’autre gang, plus bas.

Donc le camp du oui.

À la base, on a appris que les étudiants étaient divisés sur la question de la hausse. Que certains dénonçaient des irrégularités dans les votes. D’accord. Alors pourquoi ne pas avoir démontré clairement ce fait plutôt que d’envoyer à « Tout le monde en parle » une porte-parole qui passait un message « je-me-moi » totalement non-crédible?  Pourquoi les as des injonctions n’ont pas utilisé des processus prévus démocratiquement pour contester les votes et les faire reprendre? Est-ce parce qu’il y avait des vraies majorités et que vous étiez « frustrés » d’avoir à les respecter ou si vos droits n’étaient véritablement pas respectés?  Quand un vote est véritablement pris démocratiquement, on respecte le vote et on ferme sa gueule si on n’est pas d’accord. C’est ça la démocratie! Et si la démocratie n’est pas respectée, là, c’est le temps de jouer la carte du légal. Et dans ce cadre-là, tout le monde a du respect pour vous.

J’habite dans une région où les cours se donnent et où les étudiants vont finir à temps et auront des jobs d’été. Je ne suis pas d’accord avec leur décision. Moi, je les voyais aussi dans la rue. Mais ils ont voté et c’était la majorité. Alors bravo, même si je ne suis pas d’accord.

Pour les autres, faites-comme moi : vos gueules.

Quant au gouvernement? Puisqu’il faut en parler, parlons-en.

Je suis dépité.

Je suis écoeuré.

Je vois dans son attitude une stratégie politique de miser sur les gens qui ne sont pas d’accord pour se faire réélire alors que s’il n’y avait pas eu ce conflit, ils auraient possiblement perdu les élections – sondages clairs à l’appui.

Et si tel est le cas, je trouve ça bas.

Bas d’utiliser un conflit en passe de devenir dangereux pour faire de la stratégie politique. Bas de laisser en place une femme qui a fait preuve de la maturité d’un enfant de cinq ans lorsqu’à « Tout le monde en parle » – toujours -, elle a déclaré ne pas aimer le porte-parole de la CLASSE. Elle n’avait pas l’air d’un ministre. Elle avait l’air d’un enfant qui s’écrie : « Je veux plus jouer avec toi ». Come on, on a besoin de gens solides à la tête d’un ministère comme l’éducation. On a besoin de gens capables d’ouverture. Et on a surtout besoin de quelqu’un qui comprend la génération qui est dans la rue. Une génération qui aime les responsabilités, qui veut être impliquée dans les décisions, à qui on devra s’adapter, même en entreprise, si on veut les garder. Quand on est ministre de l’éducation, on est censé connaître ses clientèles. La stratégie : « Allez à vos cours, c’est un ordre », ça marchait avec les générations passées. Ça ne marche plus avec celle-ci. Et on ne peut pas la « casser » comme on faisait avant. Connaître sa clientèle, ça aurait été être capable de leur dire : « Mauvaise nouvelle, gang, on a besoin de 850 millions sur cinq ans pour les universités et actuellement, on pense que la meilleure solution serait de remonter les frais de scolarité. » Et vous savez quoi? Ils les auraient trouvés, les 850 millions. Ils auraient fait des propositions valables. Ils auraient participé. Ça, ça aurait été connaître sa clientèle. Et ça aurait fait autant de capital politique que le reste, en plus positif.

Nous n’avons plus affaire à un groupe de « suiveux ». Les étudiants d’aujourd’hui s’informent, lisent les rapports, s’impliquent. Ils agissent. On ne peut pas les ignorer.

Et le premier ministre, lui, que fait-il? En fait, rien. Rien en apparence en tout cas. Sauf peut-être une « joke plate » dans un endroit complètement déplacé pour la faire en plus. Les gens ont été scandalisés. Avec raison. D’autres ont banalisé. Même Foglia, de qui je suis habitué à des jugements effectués avec plus de discernement, s’est mis de la partie. Son argument en faveur de Charest? « J’ai ri… et tout le monde aurait dû rire. » Câlisse que c’est profond. On sent une grande réflexion dans ces propos. Celui que j’aime lire, très souvent, a perdu lui aussi une belle chance de se fermer la gueule. Mais on est rendu où?

Ben moi, je n’ai pas ri. Je n’ai pas ri parce que pendant que Charest faisait cette blague que moi je juge de mauvais goût, des étudiants manifestaient en grand nombre qu’ils n’étaient pas d’accord avec lui. Et ça, ça n’avait pas à être banalisé. Je n’ai pas ri parce que l’endroit où il l’a fait est partie prenante des critiques sur la supposée corruption du gouvernement. Rien que pour ça, c’était déplacé. Je n’ai pas ri parce que c’était visiblement une tentative de montrer qu’il s’en fout. Et ça, c’est méprisant.

Je n’ai pas ri, au fond, parce que ce n’était pas une blague. C’était du mépris.

Si c’était un con, j’aurais ri. Jaune, d’accord, mais j’aurais ri.

Mais ce n’est pas un con. Loin de là. Et quand on accuse Jean Charest d’être un con, je m’insurge contre cette fausseté. Si c’était un con, il ne serait pas là où il est. Et justement parce que ce n’est pas un con, on peut interpréter comme du mépris et du calcul cette blague de con.

Et je ne suis pas loin de penser que certains ont raison lorsqu’ils affirment que ce n’est plus un conflit sur des droits de scolarité mais qu’on assiste à une immense récupération du conflit au profit de gens dont la stratégie est de faire oublier tout le reste des insatisfactions qui pèsent sur eux. Machiavel dans sa plus pure expression.

Et le pire, c’est qu’il y a de bonnes chances que ça marche.



Autour des « rouges » maintenant.

E ça ne sera pas mieux.

Sont impliqués : trois associations dont une, ironiquement nommée la CLASSE a une structure démocratique tellement lourde qu’il lui faut une semaine pour prendre des décisions. La « démocratie directe », ça marche dans de grands débats de fond. Ce n’est pas efficace en temps de crise. Et ça, quelqu’un aurait dû le dire à la CLASSE pour que, en démocratie directe, ils aient eu au moins deux mois pour décider de donner des pouvoirs et une marge de manœuvre à des porte-paroles qui auraient pu faire quelque chose. La grande classe, une structure comme ça en temps de crise. Je passe mon temps à essayer très fort de prendre pour eux et je n’y arrive pas. Un porte-parole devenu expert en langue de bois qui passe son temps à jouer sur les mots parce qu’il n’a jamais le mandat de dire les vraies affaires. Des résolutions qui, de façon évidente, cherchent à mettre de l’huile sur le feu : on condamne la violence physique mais on affirme en même temps le droit à la désobéissance civile. Tabarnak! La désobéisance civile a toujours fait partie des normes de la démocratie. Même l’Église catholique l’enseigne, ce qui n’est pas peu dire. Était-ce nécessaire de l’ajouter? Pas du tout. C’était de la provocation! Des mandats tellement limitatifs qu’ils sont faits pour tout boucher : on n’accepte pas la trêve, on n’a pas le mandat de négocier mais d’exiger! Crisse, vous avez quel âge? « C’est pas juste, bon!, On veut ça, bon. Je veux les ciseaux! Arghhhh.»…  C’est à l’adolescence qu’on dit ça. Vieillissez un peu, calvaire! Probablement que la ministre ne guettait qu’un opportunité de vous mettre dehors. Était-ce nécessaire de la lui fournir?

Et les autres, dans la rue? Oui, tous autant que vous êtes et qui voulez des marches pacifiques avec lesquelles je ne peux qu’être d’accord, comment se fait-il que vous vous laissez intimidés par une petite gang de terroristes en noir qui foutent systématiquement le bordel? Pourquoi vous ne faites que les huer timidement? Pourquoi vous ne les entourez pas, ne les livrez pas à la police une fois pour toutes? Vous avez peur? Ne voyez-vous pas que tout cela nuit à votre cause?

(Je dois ici faire un ajout car 12 heures après avoir écrit cet article, 2000 manifestants ont circulés dans les rues de Montréal pacifiquement et ont été constamment vigilants à ce qu'il n'y ait pas de violence - bravo!)

J’en ai fait des manifestations dans le passé. En 1969-1970, on se retrouvait dans la rue et parfois, on lisait la pancarte après coup. C’était la mode. On manifestait. J’ai fait la manif du bill 63. J’ai connu la crise d’octobre. J’ai reçu un coup de matraque. Je vous comprends. Ça fait mal. Mais on avait aussi un service de sécurité formé des gros bras étudiants. Pas grand-chose ne passait et très souvent, la police n’avait pas à intervenir. Si notre ferveur débordait, on se faisait rappeler à l’ordre assez vite. Alors bougez, de grâce. Ne permettez plus à des extrémistes de foutre en l’air vos manifestations. Oui, c’est vrai, il y a sûrement eu des abus dans le corps policier. Mais faut-il pour autant leur fournir les prétextes pour charger? Arrêtez, de grâce. Ne permettez pas qu’on vous polarise. Ça n’aide rien… sinon la réélection du gouvernement que vous n’aimez pas.

Et les personnalités politiques? J’ai honte.

De tous côtés on accuse le gouvernement de faire de ce conflit une plateforme électorale et on fait pareil. Encore une belle gang qui agit en bébé.

Pauline Marois rame en tentant simplement de ménager la chèvre et le chou d’une façon pas trop claire et en oubliant que son gouvernement a déjà été au pouvoir et n’a pas toujour fait mieux. J’étais là, moi, quand on a coupé les profs de 20% de leur échelle salariale parce qu’il fallait qu’on fasse notre « juste part » et qu’on a augmenté en même temps les députés et les juges. « Je me souviens, hostie ». Ce n’est pas ça, la devise du Québec?

Et dans l’autre coin du ring, dans une lutte à finir pour gagner des indépendantistes, le représentant Khadir d’un Québec-Solidaire qui n’a de solidaire que le nom et qui pourfend Madame Marois autant que M. Charest alors que l’heure serait à la coalition.

Bravo, gang. Vous faites fort!

Charest est-il si pourri que ça?

Faut-il absolument le battre aux prochaines élections?

Alors pourquoi ne vous parlez-vous pas? Pourquoi ne faites-vous pas des ententes entre vous pour une seule cause : battre Charest?

Ben non. Vous allez simplement diviser le vote, et vous le savez très bien. Vous êtes donc partie prenante de l’immobilisme politique du Québec. Alors esti, ne venez pas nous donner de leçons.

C’est opportuniste, c’est bébé, et c’est surtout décourageant de voir comment des gens intelligents finissent tous par nous convaincre de ce qu’on se doutait déjà : la politique, c’est d’la marde!

Y’a-t-il un vrai leader dans la salle?

La CAQ? Pfff… J’en parlerai quand ils seront un vrai parti politique.



Je n’aurais pas fini de me plaindre ce matin si je n’avais pas un petit couplet pour la police.

Une police qui, encore il y a quelques temps, refusait d’être jugée par d’autres qu’eux-mêmes et n’y voyait aucun conflit d’intérêt. Une police qui tente de faire son boulot mais est de plus en plus intransigeante et pro-active. Une police dont la population a toujours cru qu’ils se protégeaient entre eux et pour laquelle on n’a encore vu aucune mesure disciplinaire de prise pour quoi que ce soit, tant à Gatineau qu’à Montréal. Il n’y aurait pas eu aucun abus policier, ça a ben l’air.

C’est pourtant bizarre, les images qu’on voit aux nouvelles. C’est curieux les témoignages qu’on lit sur les réseaux sociaux de la part de manifestants qui assistent à des événements bizarres.

Je sais pour l’avoir entendu confirmer par des gens de la « police » qu’il y a des formations qui existent en usage de la force. Qu’il y a des critères à appliquer. Qu’il y a une manière de faire les choses. Que les abus sont balisés afin qu'ils ne se produisent pas. Et vous allez me dire que tout a été respecté? Alors pourquoi je ne vous crois pas? Et vous-mêmes, les policiers qui veulent vraiment faire leur boulot, ne voyez-vous pas que certains dans vos rangs exagèrent et ne sont pas vraiment « cleans »? À défaut de les condamner publiquement, pourquoi ne réglez-vous pas ça entre vous dans le vestiaire en revenant pour que les « casseurs » de votre gang ne récidivent pas le lendemain? Ne voyez-vous pas que l’image policière est en train de tomber en lambeaux? Crisse, faites- quelque chose pour ça!

Un jour, alors que quelqu’un de ma famille avait été aux prises avec un interrogatoire policier très discutable éthiquement, un avocat de Québec m’a dit : tu ne trouveras pas un seul avocat pour aller en cour contre un policier, parce qu’on a trop besoin d’eux.

Tabarnak! Dans quel monde de malades on vit? Trouvez-moi une île, quelqu’un, que je décâlisse d’icitte.

Je voudrais d’une société dans laquelle j’ai confiance que la justice s’applique. Je rêve de vivre dans un endroit où les débats de fond sont abordés dans une atmosphère de saine démocratie pacifique et renouvelée. Je veux trouver un endroit où le respect des autres est une valeur de base. Je veux un endroit où je n’ai pas tout le temps l’impression de me faire fourrer, d’un bord comme de l’autre.

Quand je regarde l’histoire du monde, je m’aperçois que jusqu’à présent, la seule chose qui ait vraiment marché est l’attitude de Gandhi. La non-violence extrême. Le jeûne total au risque de sa vie. Ce serait peut-être la solution. J’imagine le désarroi de tous les partis politiques devant cette attitude. J’imagine les sous-sols d’églises remplis de gens qui jeûnent. J’imagine des centaines de médecins superviser gratuitement le tout. J’imagine les adeptes du Black Block essayer de venir faire du grabuge parmi des jeûneurs assis tranquillement en lisant un bon livre.

Oui, je sais, j’ai beaucoup d’imagination.

Mais aujourd’hui, je ne suis plus capable de prendre parti.

Je vois, bien sûr, de bonnes attitudes. Les milliers de manifestants pacifiques, le calme de Gabriel Nadeau-Dubois quand il se fait insulter, des articles d’appel au calme et à la résolution du conflit dans les médias.

Oui, j’en vois, de ces choses agréables.

Mais elles sont tellement noyées dans la merde politique et la polarisation du débat que ce qui en ressort, pour moi, vu de l’extérieur, ce n’est que l’odeur de la merde.

Et là, oui, je voudrais crisser mon camp sur une île. Une île bien déserte.

Mais ce serait de la lâcheté.

Bien sûr.

Alors je suis impuissant.

Je ne sais pas quoi faire.

Mais fallait que ça sorte.

Ah oui, autre chose.

Si vous organisez un jeûne contre la merde politique, dites-le moi, j’en ferai partie avec plaisir. Et si j’en crève, ben au moins, j’aurai eu l’impression de me battre pour quelque chose.

3 commentaires:

  1. Manifestement, oui, fallait que ça sorte.

    C'est moi ou le monde part à vau-l'eau ?

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  2. T'as bien raison Jean, et moi aussi je quitterais pour une Île déserte, ou peut-être bien même que je pourrais aller vivre avec une tribu Africaine... Chacun prêche pour sa paroisse et déforme la réalité à son avantage, au lieu de prêcher pour le bien-être collectif qui, tous ont pourtant l'aire de l'avoir oublier: représente aussi le bien-être de chacun!

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