vendredi 6 avril 2012

Passer du rêve au projet - éloge de l'effort.

On dit partout de ne pas renoncer à ses rêves. On clame partout que les rêves font vivre et qu’un des plus grands drames de l’être humain est qu’à force de vieillir, d’accumuler les expériences décevantes, il devient blasé et renonce tranquillement à ses rêves au profit d’une petite vie rangée et conformiste.

On argumente souvent que de demeurer soi-même implique justement de poursuivre ses rêves et d’y croire.

Et c’est vrai.

Absolument vrai.

Totalement vrai.

Sauf que ce n’est pas tout.

Il est vrai que graduellement, au cours de notre vie, on en arrive souvent à renoncer à ses rêves. Et c’est bien vrai que c’est souvent par désillusion.

On appelle ça « grandir », devenir raisonnable, comprendre le réalisme des choses.

Et si c’est ça la vie, si c’est ça devenir adulte, il y a quelque chose de honteux dans le fait de « grandir » puisque cela est synonyme de trahison de soi-même.

Comment en effet nommer autrement le fait de renoncer aux rêves les plus profonds de son cœur? C’est certainement la plus grande trahison que l’on puisse s’imposer. La plus grande maltraitance. Le plus grand supplice.

Mais la question qui se pose n’est pas de savoir comment éviter de « devenir adulte » au sens « rangé » du mot. La question qui se pose n’est pas non plus de comprendre pourquoi « la vie » - cette grande responsable anonyme de tous nos déboires – a fait pour nous amener à ne pas poursuivre nos rêves. Ce serait trop facile d’en remettre la faute sur les autres, sur la société, sur la vie.

Non.

La vraie question, celle qu’on ne se pose jamais, celle que l’on évite bien souvent, par peur de la réponse peut-être, est plutôt : pourquoi me suis-je trahi? Qu’y a-t-il en moi qui m’a empêché de réaliser mes rêves?

Et il me semble que si je me pose ces questions, je découvrirai alors qu’en fait, je n’ai pas su passer du rêve au projet.

Et là, constatant ça, je pourrai me demander ce qui m’en a empêché. Honnêtement. En toute bonne foi.

Et j’aurai alors à renoncer à cette illusion : rien ne se fait tout seul, je dois y mettre le prix.


« Ah! Moi, mon rêve, c’était d’avoir une écurie », me dit ce pompiste de 40 ans, une certaine nostalgie dans la voix. « Mais je ne renonce pas », poursuit-il. « Toutes les semaines, j’achète un billet de loto. » Un éclat brillant surgit dans ses yeux alors qu’il ajoute : « Si je gagne le million, je lâche tout et je l’achète. Il faut continuer de rêver, n’est-ce pas? »

Comme c’est triste.

Cet homme attend. Il attend que la « vie » lui apporte sur un plateau ce qu’il a toujours voulu faire.

C’est bien le message de ce fameux livre – Le secret – n’est-ce pas? Demandez à la vie, et comme elle est abondance, elle vous le donnera, nous explique Rhonda Byrne dans le livre qui lui a valu l’abondance matérielle dont elle parle. Et si vous ne recevez pas ce que vous avez demandé, c’est que vous ne l’avez pas cru assez fort. Recommencez!

C’est bien ça le message, n’est-pas? Comme c’est triste. Comme c’est faux. Et comme c’est facile d’y croire très fort. Pas étonnant que ce livre ait été acheté par des millions de personnes.

Mais je ne veux pas jeter la pierre à Rhonda Byrne qui a somme toute écrit une « belle histoire », une « beau conte ». Le monde a besoin de magie. Et j’avoue que ça a marché pour Madame Byrne dont le plus grand « secret » est sans doute le montant de son compte en banque! Et vive « l’univers » si généreux qui a si bien servi Rhonda!

Pourtant, il y a un secret dans le livre de Rhonda Byrne. Ben euh… secret, pas vraiment. Disons plutôt une vérité cachée. Une vérité qu’on connait depuis que le monde est monde.

Vous connaissez Rhonda Byrne? Avez-vous lu son livre? Non? Permettez-moi de vous en résumer l’essentiel.

Rhonda Byrne était en dépression sévère. Rien n’allait dans sa vie. Un jour, elle a décidé de croire en elle et s’est mise à écrire un livre. (Oui, j’en ai sauté un bout.) Un livre qui était le résultat de « découvertes ». C’était le secret de l’abondance. Ce secret caché aux gens avec beaucoup de précautions par les grands de ce monde. Et ce secret était qu’on pouvait attirer dans notre vie tout ce que l’on voulait. En fait, son livre est un « remake » de la phrase de Jésus : « Tout ce que vous demanderez à mon Père en mon Nom, Il vous l’accordera. » Rien de bien secret dans cette affirmation, et surtout rien de bien caché non plus.

Pourquoi je vous dis tout ça? Relisez mon paragraphe précédent. Où voyez-vous : « Un jour Rhonda Byrne demanda des millions à l’univers et elle les reçut par magie? » Nulle part. En fait, elle a écrit un livre. C’est ça qu’elle a fait. Et peu importe la qualité de ses renseignements, de ses recherches, du contenu de son livre, le fait principal est qu’elle l’a écrit.

Et savez-vous ce que ça demande d’écrire un livre? De la concentration, de la discipline, des efforts et… beaucoup de temps passé à y travailler.

Revenons à mon pompiste.

Il rêve d’avoir une écurie. Il rêve de ça depuis plus de vingt ans. Et, toutes les semaines, depuis vingt ans, il achète un billet de loterie en espérant que l’ « univers »  va lui accorder les millions pour obtenir ce qu’il veut.

Il ne s’est jamais acheté un seul cheval. Il n’a jamais économisé pour son rêve. En fait, il n’a pas levé le petit doigt. Il a attendu.

Vous me direz qu’avec son salaire de pompiste, il n’avait pas vraiment le choix. Vraiment? Mais si seulement il n’avait économisé que ses billets de loterie, il aurait maintenant plus de 20 000$ pour commencer à planifier son rêve. S’il avait mis toute son énergie dans l’équitation, s’il avait mis chacun des misérables dollars qu’il avait péniblement gagnés dans le milieu de l’équitation, il aurait rencontré des gens. Il serait peut-être devenu palefrenier plutôt que pompiste. Il se serait approché de son rêve. Et il aurait, sans doute, vu passer des occasions en or.

En fait, il avait un rêve… mais n’a pas su le mettre en projet.

Comme beaucoup d’entre nous.

C’est ça, le vrai secret.

On pourrait le résumer en une phrase : « Tu as un rêve? Bouge ton cul. »

On me dira sans doute que c’est le problème de la génération « X » ou « Y » ou whatever!

Mais voyons donc.

Toutes les générations ont eu ce problème.

Tous les humains ont ce problème.

La difficulté de se mettre en route. D’accepter de commencer petit et de continuer à y croire. D’oser prendre des risques.

Je connais beaucoup de gens qui « s’activent » autour d’un rêve, mais qui ne font rien d’utile pour qu’il se réalise. Moi le premier.

J’ai toujours porté en moi le rêve d’être un grand conférencier. Dans mon rêve, j’écrivais des livres, je donnais des conseils, je donnais des conférences où on refusait des gens à l’entrée, je signais des autographes, j’étais demandé sur les plus grands plateaux de télé. Oh, pas nécessairement pour la gloire… mais un peu aussi quand même… nature humaine oblige.

À deux ans, je connaissais déjà les fables de La Fontaine par cœur et quelques contes d’Alphonse Daudet. Je les récitais à la parenté les jours de fête, debout sur un meuble. À cinq ans, j’organisais des « pestacles » pour la famille et les amis dans la cour arrière de la maison de mes parents. À dix ans, je chantais les chansons de Johnny Halliday dans la voiture au grand désespoir des autres. Je me voyais sur scène. À 16 ans, je composais mes propres chansons. Mais ce n’étaient là que des amusements parallèles à mes activités normales d’enfant.

À 20 ans, je participais au Festival de la chanson de Granby où je me rendais en semi-finale. Ça a été un tournant dans ma vie. Un grand tournant puisque j’ai réalisé que pour aller plus loin, pour me rendre en finale puis gagner le concours, il me faudrait me mettre à travailler. C’est à la même époque que je rencontrai deux grands du domaine qui me confirmèrent tous les deux la même chose : il faut 10% de talent et 90% de travail pour y arriver. J’avais le 10%. Il n’en manquait maintenant que 90%.

Et j’ai eu peur.

J’ai eu peur de ne pas y arriver. J’ai eu peur de tout sacrifier. J’ai eu peur de prendre des risques. Et surtout : j’ai eu peur de devoir patiemment travailler… trop fort.

Et comme la vie est bien faite, elle m’a donné quelques chances de recommencer… que je n’ai pas saisies…

Car Rhonda Byrne a raison sur un point : la vie nous amène des choses… Elle amène des opportunités. Elle nous place devant le précipice. Mais jamais elle ne nous y fait tomber. Ça, c’est un choix. J’imagine que c’est ça, le libre-arbitre.

Et moi, je n’ai pas sauté.

Peur, peur, quand tu nous tenailles…

Paresse, paresse, quand tu nous assailles…

À 55 ans (il y a trois ans), j’ai eu le feeling intérieur que j’en avais fini avec mon travail d’enseignant et que je devais passer à autre chose. Le domaine de la chanson était maintenant loin mais je sentais que j’avais maintenant, l’expérience de vie aidant, quelque chose à dire au sujet de cette vie.

Mes rêves de conférenciers sont revenus.

Toute la puissance de ces rêves m’a de nouveau complètement possédé.

Mais cette puissance n’était pas assez grande pour contrer mon inertie installée depuis près de 40 ans. J’ai eu de nouveau peur. Mon régime de retraite n’était pas encore suffisant pour assurer ma subsistance. Mieux valait continuer encore pendant 4 ans.

Mais reporter ses rêves, ce n’est pas les vivre. Ce n’est surtout pas en faire des projets concrets.

Mais la vie est bien faite.

Il y a un an, des événements sont arrivés à mon travail qui m’ont amené à un moment charnière.

Selon mon point de vue, il me restait deux ans à travailler là. Selon plusieurs de mes amis, j’avais déjà fait deux ans de trop.

Mais cette fois, pour continuer dans la voie de la sécurité, il aurait fallu que je m’écrase sur des dimensions fondamentales pour moi. C’était beaucoup. Beaucoup plus que la puissance de mon inertie intérieure.

En moi, une petite voix disait : le temps est venu. 

Saute.

J’ai donc sauté.

J’ai donné ma démission.

Avant d’avoir l’âge requis pour éviter les pénalités.

Avant d’avoir la garantie d’un revenu suffisant.

Et avec ce saut est revenue l’ivresse de mon enfance. Celle-là même que j’éprouvais à deux ans en montant sur un meuble pour réciter mes fables. Celle-là même qui me donnait l’élan d’inviter le voisinage à mon « pestacle ».

Et avec cette ivresse, le même sentiment qu’a sans doute eu Charles Aznavour en écrivant « Je m’voyais déjà ».

Par ce que je me voyais déjà, à nouveau, écrivain célèbre, grand conférencier, invité de marque sur tous les plateaux télé.

Le vent dans les voiles, j’ai organisé ma première conférence. Un grand hôtel de la région. Des tarifs faramineux. Des affiches tout en couleurs. Le grand jeu.

Et le grand retour à la réalité.

Une belle réussite pour ma part. J’étais content de ma performance.

Un beau public… peu nombreux… insuffisant pour payer les frais…

Le grand conférencier était dans le rouge.

Dure leçon d’humilité.

Et constat que ça ne pouvait pas commencer comme ça puisque je n’en avais plus les moyens.

Et pris entre mes rêves et ma réalité financière, entre mon envie désormais inébranlable de dire ce que j’avais à dire et les moyens concrets rendant la chose impossible à l’échelle où je la rêvais, je commençai à réaliser que je retournais à l’école.

Dix pour cent de talent, quatre-vingt-dix pour cent de travail!

Ce travail, il commençait.

C’est cela qui m’a amené à écrire un blogue et à faire des vidéos.

Ça ne coûte rien.

Ça, j’en ai les moyens.

Mon blogue et mon vlog sont, pour l’instant, mon rêve devenu réalité.

Le reste, ben, je l’apprends.

J’apprends à relire mes textes, à les peaufiner.

J’apprends que même en les relisant cent fois, il reste souvent des coquilles qui rendent importants les correcteurs que je n’ai pas encore le luxe de me payer.

Mais j’apprends qu’il en faut.

J’apprends aussi à travers les vidéos que j’ai du contenu mais que je dois apprendre à être encore plus naturel. J’apprends que je n’ai pas vraiment de talents de monteur. J’apprends qu’une vidéo de cinq minutes prend des heures à réaliser.

Quatre-vingt-dix pour cent de travail…

Là est le secret.

Je ne sais pas du tout si un jour, je serai ce grand conférencier auquel j’ai rêvé. Je ne sais pas du tout si je dépasserai les 500 lecteurs ou auditeurs que j’ai actuellement. Bref, je ne sais pas si ça va marcher. Mais je sais par contre que je suis sur cette route. Et j’aime ça. Le reste, j’avoue, n’a plus autant d’importance. Si ça arrive, ça arrivera. Mais j’aurai essayé. Et j’aurai réussi. Peu importe à quelle échelle.

Un rêve reste un rêve tant qu’on a peur, tant qu’on ne prend pas de risque et surtout, tant qu’on ne se décide pas à y mettre de l’huile de coudes, à y travailler sans relâche, à le découper en tranches réalisables.

Un rêve reste un rêve tant qu’on attend des autres qu’il se réalise.

Un rêve reste un rêve tant qu’on ne décide pas d’en faire un projet.

Mais un projet, contrairement à un rêve, est fait d’efforts et de travail.

Il faut oser se relever les manches et se mettre à travailler.

Et vous, quels sont vos rêves?

Et qu’attendez-vous pour en faire des projets?

8 commentaires:

  1. Moi... je vis mon rêve présentement. Je suis en Belgique pour 5 mois ( il n'en reste que 3 maintenant...), je me suis payée une sabbatique à traitement différé, est-ce que j'avais les moyens de le faire? Sais pas mais ce que je sais c'est que pour une fois dans ma vie avec l'aide de quelques merveilleux ami(e)s et bien...j'ai plongé tête première et je suis très heureuse de l'avoir fait. Finis les regrets, maintenant j'ose penser à moi. Ça m'a pris un cancer pour comprendre que je devais avoir des rêves...mais j'ai appris et maintenant je vis comme j'ai envie de vivre.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Bravo pour ce projet. Il faut parfois des épreuves difficiles pour aligner sa vie. Mais une fois alignée, quel plaisir!

      Supprimer
  2. WOW! Quel beau texte qui vient me chercher au plus profond de mon âme. Il faut énormément d'humilité pour parler de soi comme vous le faites. Comme vous êtes un être talentueux.

    Les propos que vous tenez dans ce texte sont d'une vérité incontestable.

    Finalement le "véritable secret" pour être heureux et se réaliser pleinement se résume à : avoir une bonne estime de soi,être conscient de ses talents et savoir les utiliser à bon escient, ne pas avoir peur de prendre des risques, ne jamais cesser de croire en ses rêves, mais surtout de mettre tous les efforts nécessaires et travailler assidûment pour que nos projets se réalisent.

    Comme j'aurais aimé comprendre tout cela avant. Je sais que vous me direz qu'il n'est jamais trop tard, mais il n'en demeure pas moins que pour la réalisation de certains projets, le facteur "temps" est un élément essentiel.

    Quelle chance ont vos jeunes lecteurs d'avoir accès à vos écrits par le biais de votre blogue. J'ai envie de leur donner un conseil : mettez-vous au travail tout de suite, car le temps passe vite, trop vite. Vous éviterez ainsi que vos rêves, vos projets se transforment en "regrets".

    Monsieur Rochette, mon souhait le plus cher est que vos rêves, vos projets en cours se réalisent à grande échelle.

    Une lectrice assidue

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je vais quand même vous répondre ce que vous annoncez que je vais répondre: il n'est jamais trop tard. J'ai 58 ans et les probabilités que j'en arrive très exactement à ce que je voulais sont très faibles. Pourtant, une fois engagé dans la voie de ses rêves, on s'aperçoit très vite qu'au-delà du but à atteindre, il est quand même fantastique de se savoir "en chemin".

      Il n'y a que sur notre route qu'on est à sa place. Peu importe qu'on arrive à destination ou pas.

      Merci de votre commentaire.

      Supprimer
  3. J'ai eu des rêves et en ai réalisé quelques-uns ou plutôt je me suis donné les moyens d'en réaliser certains. Je continue à rêver et à pratiquer de manière à ce que mes souhaits se concrétisent, certains me disent que j'ai de la chance, peut-être mais cette chance, je la TRAVAILLE au quotidien. Je n'ai pas eu que des moments faciles dans ma vie loin de là mais, comme l'a dit Confucius : "la plus grande gloire n'est pas de ne jamais tomber, mais de se relever à chaque chute" et quand on a appris à se tenir droit, je pense qu'il faut aider les autres à marcher sur le chemin de la vie... merci de cette main tendue cher Jean et si tu cherches une correctrice bénévole, je suis à ta disposition...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci beaucoup de ce commentaire et de ton offre. Pourquoi pas?

      Pour paraphraser ton bout sur "tomber", j'ajouterais ce message qui me vient des Alcooliques Anonymes et qui a toujours marqué ma vie: Tomber c'est humain, se relever, c'est divin, mais rester à terre, c'est innocent!

      lol

      Bonne journée.

      Supprimer
  4. Te lire, c'est comme lire ton journal personnel. C'est un privilège et tu es vachement courageux de te mettre a nu comme ça... J'adore ça.

    RépondreSupprimer