Bon, bon, bon… On sait tous par les nouvelles qu’un gars est mort en se faisant traîner par un « pick-up », assis dans un fauteuil, et que le conducteur n’a pas trouvé mieux que de se sauver après que ce soit arrivé.
Vous savez que j’ai maintes fois prôné qu’il faudrait un jour ou l’autre en finir avec ce sempiternel jugement et que le seul moyen de réussir ça était de séparer la personne de son acte.
Voilà un bel exemple aujourd’hui.
Tout le monde s’entend pour dire que de faire ça, c’était une connerie. Ce qui ne fait pas de celui qui l’a fait un con. D’ailleurs il est mort. Il a payé amplement pour sa connerie. Et je suis bien certain qu’il serait lui aussi d’accord pour dire ça.
Le conducteur aussi a fait une belle connerie. Tout le monde s’entend pour dire ça. Et lui aussi très certainement maintenant. Mais il a été arrêté et il va payer pour sa connerie.
Et voilà que Richard Martineau se permet de publier (je cite) : « Je m'excuse, je ne devrais peut-être pas dire ça, mais quel tapon, quand même... » avec un lien sur un reportage mentionnant les faits.
Effectivement, il ne devrait pas dire ça. Il le sait très bien. Sur ce coup il va trop loin!
Nous ne savons pas du tout ce qui a pris à ces gens. Nous ne savons pas non plus ce qui s’est passé dans la tête du conducteur. Tous, ils ont eu ou auront à assumer ce qu’ils ont fait. Mais quelque part, il faut bien dire que nous sommes un peuple faisant parfois preuve de bassesse, faciles à la détente quand il s’agit de juger les autres et peu enclins à se regarder nous-mêmes.
Ce ne sont pas que les cons qui font des conneries. Il faut dénoncer les conneries, bien sûr. Mais aussi laisser les gens qui les font tranquilles.
Ces jeunes on fait des erreurs et vont payer pour ces erreurs. Et payer très cher en fait.
Pourtant, si ce jeune avait inventé une nouvelle discipline loufoque pendant le carnaval, qu’il était passé à la télévision et qu’il avait raconté qu’il avait inventé ça en se faisant tirer par un « pick-up », tout le monde l’aurait admiré pour son côté téméraire et créatif. Mais il est mort et on le traite de tapon.
C’est difficile de tolérer que les gens fassent des erreurs et c’est là que le jugement arrive.
Peut-être qu’en jugeant les erreurs des autres, on évite de voir les nôtres. Pourtant… Est-ce vraiment plus intelligent, par exemple, de ne pas mettre de condom avec un partenaire qu'on n'a jamais vu auparavant? Ou de prendre sa voiture avec un taux d’alcoolémie de défoncé?
Personne n’est né ISO 9001.
Personne n’est à l’abri d’une erreur quelconque.
Et ce n’est pas en bavant sur celles des autres qu’on va faire avancer la société. C'est plutôt en regardant les nôtres.
La qualité totale, c’est pour les entreprises. Pour l’humanité, c'est le droit à l'erreur qui prime.
Et pour là, c’est l’heure de se regarder faire ses propres conneries, les assumer et apprendre d’elles.
Et pour là, c’est l’heure de se regarder faire ses propres conneries, les assumer et apprendre d’elles.
Lorsque certains apprennent en le payant de leur vie, l’heure n'est pas à les traiter de « tapons ». L’heure est à faire le constat de la connerie, mais cela a été amplement fait maintenant, je crois.
L'heure est ensuite de passer à la compassion.
L'heure est ensuite de passer à la compassion.
Bonjour Jean,
RépondreSupprimerJe suis bien contente de pouvoir lire et entendre ton avis ici; j'ai vu ta vidéo passer sur facebook et j'ai trouvé ton blogue.
Bref, je comprends ce que tu souhaites dénoncer ici et je suis d'accord... mais en partie.
Je comprends et je suis tout à fait d'accord avec le bout où tu dénonces qu'il faille départager la personne du comportement: je suis 100% d'accord!
Mais de là à dire qu'il faille se fermer la gueule ou passer à autre chose, là tu me perds.
Je trouve que l'argument "n'avez-vous jamais fait de conneries?" est irrecevable.
Je trouve que c'est le même genre d'argument que "Tu n'as jamais été toxicomane, donc tu ne peux pas travailler en prévention de la toxico" ou Tu n'as jamais fait de travail du sexe, donc tu ne peux pas travailler dans ce domaine", "tu as déjà fait des conneries, donc tu ne peut pas commenter les conneries des autres".
Vivre est un risque. Personne ne peut dire qu'il n'a jamais pris de risque! Traverser la rue peut être un risque, prendre l'avion aussi. Manger un sandwich peut comporter des risques.
Il y a une certaine part de risque qui se gère et il y a certains risques qui relèvent de la bêtise humaine!
C'est justement de ce genre de risque dont on parle aujourd'hui. Celui qui nous met en tabarnack parce qu'on se sent impuissantEs devant nos amiEs qui essayent de se prouver qu'ils sont capable de pisser plus loin que le voisin en mettant leur vie en danger! Le genre de conneries que des gens qu'on aime font pour essayer de se prouver qu'ils sont vivant pour tenter de faire monter l'adrénaline dans le tapis. Celle qui nous fait dire "le p'tit tabarnack de con!!! J'lui avait dit de ne pas faire ça!"
C'est cette impuissance qui parle aujourd'hui... cette impuissance ou peut-être aussi cette culpabilité de ne pas avoir empêché unE amiE de faire une connerie qu'on voyait venir à 100 miles que c'était une idée de marde. Pour être capable d'avoir de la compassion envers les autres, il faut être indulgent envers soi-même et être capable de se pardonner de ne pas s'être interposé entre la personne qu'on aime et sa connerie mortelle. Mais ça, c'est dur,
Tu le sais Jean, la première étape du deuil, c'est le déni. Ben c'est ça: on a une société dans le déni aujourd'hui. Ça fait partie du processus. C'est normal. On est pas plus con que le gars qui a attaché un divan derrière un pick-up. Mais contrairement à toi, je crois qu'on est tous un peu con là dedans.
Sophie
Bonjour Sophie.
RépondreSupprimerJe te remercie de ce commentaire qui me permet d'aller plus loin dans mon explication.
Je veux par contre avant de commencer dire aux lecteurs que nous parlons ici beaucoup de la vidéo.
Je te dirai d'emblée que je suis tout à fait d'accord avec presque tout ce que tu dis, même quand tu n'es pas d'accord avec moi.
Tu me dis que tu es d'accord de départager la personne de l'acte, donc on se comprend bien.
Tu comprendras alors que lorsque je parle de se "fermer la gueule", c,est sur les jugements contre la personne et non pas sur les actes eux-mêmes.
Il ne faudra jamais arrêter de dénoncer au contraire les conneries de ce monde afin qu'on arrête enfin de les faire. C'est dans ce sens que je trouve mon argument recevable: tu as déjà fait des conneries (sous entendre et tu sais que tu n,es pas un con) alors tu n'as pas le droit de traiter les autres de cons.
J'admets volontiers que ce n'était pas clair de ma part.
Il n'est absolument pas question ici de dire aux gens de ne pas parler des choses connes sous prétexte qu'ils en ont fait eux aussi.
Voilà pour la première partie de ton texte.
Pour la deuxième, j'ai l'impression que tu te mets à la place de ceux qui jugent et non seulement je comprends bien ce que tu dis, mais je suis d'accord avec ton analyse.
Cependant, tu me dis que nous sommes dans une société de déni. C'est vrai. Mais si c'est un étape vers autre chose, nous allons vers où?
Ce que je vois actuellement, c'est l'explosion des réseaux sociaux où tout un chacun devint spécialiste de tout et s'exprime en termes de jugements sur les autres et non sur ce qu'ils font.
Ce que je vois actuellement, c'est des parents peu instruits qui essaient de dire aux professeurs comment enseigner avec toutes les aberrations que ça donne.
Ce que je vois aujourd'hui, ce sont des chroniqueurs qui ont du pouvoir sur l'opinion publique et qui ne font pas preuve du discernement que l'on attendrait légitimement d'eux.
Je peux comprendre le cri d'impuissance de certaines personnes. Je peux comprendre celui de la famille du jeune touché.
Mais je ne peux pas admettre qu'on salisse des gens qui ont déjà payé pour leur bêtise.
Car au-delà de l'analyse sociale que tu fais, personnellement, j'en fais une autre où comme peuple, nous sommes un peu plus "bitch" entre nous que bien d'autres. Peut-être que je me trompe. Mais pour l'instant c'est mon opinion.
Je pense qu'il est temps d'apprendre aux gens à aller au-delà du déni, dans un espace où on peut construire.
Je crois comprendre que tu travailles en sexologie. Tu sais comme moi que ce n'est pas en traitant ceux qui contractent des maladies de caves qu'on arrivera à faire quelque chose d'efficace.
Je crois moi aussi qu'on est tous un peu cons. Non seulement là-dedans mais dans bien des domaines. Et c'est justement parce que j'ai assez à faire avec moi-même que je ne veux pas me permettre de juger les autres.
J'en profite en terminant pour préciser que de séparer l'acte de l'être qui le commet n'est pas dans mon esprit une façon d'éviter les conséquences de ses actes. je crois au contraire qu'on doit prendre complètement responsabilité de nos actes.
Mais ce n'est pas aux autres d'en rajouter.
Pour continuer avec mon exemple de maladie, le fait de la contracter, le fait d'avoir à me soigner, le fait d'avoir à me pardonner à moi-même d'avoir été imprudent, le fait de contacter les personnes que j'ai pu infecter, je crois que c'est cela, prendre responsabilité de ses actes. je n'ai pas besoin en plus que le médecin me dise que j'étais con.
J'espère avoir été plus clair.
Je n'ai pas l'impression que nous sommes en désaccord.
J'ai l'impression que nous parlons des mêmes choses, mais d'un angle différent.
Au plaisir.
Jean.
Je voudrais profiter de cet échange entre Sophie et moi pour dire qu'il illustre très bien une façon de parler où il y a de la place pour argumenter sans pourtant se manquer de respect ou se traiter de tous les noms. Ma vision de cesser les jugements ne porte ni sur les actes ni même sur les opinions, mais sur les personnes.
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