jeudi 28 juillet 2011

Faire l'amour.

Dialogue. Partage. Calme. Paix intérieure. Sentiment de sécurité partagé.

Les cœurs se rejoignent dans un quelque part au-delà de temps.

Les âmes se sentent proches. Elles sont bien.

Un éclair dans les yeux, un geste, un soupir, comme une atmosphère chargée de sens apparait soudainement.

À l’intérieur de soi, une douce chaleur naît, réponse du corps à l’odeur des âmes.

Besoin de s’unir.

Les chaleurs se mêlent. Les souffles s’enlacent et virevoltent autour de nous.

Lèvres qui se touchent. Qui se sentent. Qui se mordillent un peu.

Souffles qui s’unissent.

Tourbillon de sensualité.

Langues qui se touchent pour parler en silence avec les mêmes mots puis s’écartent pour que les yeux prennent la relève.

Les yeux se croisent et fusionnent.

Douce alternance du mariage des yeux et des bouches. Toutes deux grandes ouvertes pour laisser passer le souffle de la vie, de l’amour pur.

Fusion des âmes.

Montée fulgurante du désir.

Mains qui se croisent, se touchent,  se promènent.

Exploration des corps.

Mélange des corps.

Union.

Moment de pause. Regards complices.

Unis.

Calme. Sérénité. Joie.

Mouvements lents des corps qui profitent de n’être qu’un.

Bourrasque d’instincts. Retour de l’animalité.

Rythme qui s’accélère.

Symphonie d’énergie de vie qui éclate.

Plaisir qui monte.

Envahissement.

Regards qui se croisent, qui fusionnent.

Le corps et l’âme ne font plus qu’un.

Fusion des âmes et des corps dans un élan d’horizontalité et de verticalité.

Le ciel et la terre s’unissent à travers les âmes et les corps des amants.

Explosion.

Vide.


Amour.

dimanche 24 juillet 2011

La nécessité d’un plus grand niveau de conscience ou quand avoir une cause permet de ne pas se remettre en cause.

De plus en plus, les gens adhèrent à des causes.

En fait, on en a besoin.

Pas tant qu’on fasse quelque chose de concret pour ces causes, la plupart du temps. Non. Surtout qu’on les nomme. On propage telle ou telle cause sur Facebook. On écrit « j’aime » sur la page active de tel ou tel organisme. On « partage » des phrases « songées » ou on « dénonce » des choses qui n’ont pas de bon sens. En fait, tout se passe comme si on avait un plus grand niveau de conscience. Comme si nous étions de plus en plus sensibles aux  injustices, aux drames humains, aux grands enjeux de l’humanité.

Il n’y a qu’à voir la mobilisation suscitée par le drame des enfants Turcotte, la tuerie récente d’Oslo ou même la mort d’Amy Winehouse pour constater comment on se mobilise affectivement pour des événements qui nous semblent « anormaux », « injustes » etc.

Du coup, cela crée des « causes ».  La cause de la justice par rapport aux crimes violents, la cause de la violence faite aux femmes, la cause de l’environnement, la cause de…, la cause de…, la cause de…
Et je n’ai rien contre les causes.

Je suis moi-même engagé dans certaines causes qui me tiennent particulièrement à cœur.

Pourtant, j’y vois aussi un danger que je trouve fondamental : l’évitement. À deux niveaux.

Le premier niveau d’évitement.

Les causes en elles-mêmes sont bonnes.

Mais le fait de les partager peut donner une illusion d’engagement qui, au final, permet de ne pas s’y engager justement. C’est là le premier évitement. J’ai « partagé » l’horreur de la tuerie d’Oslo. Quatre fois même. Par des vidéos, des articles, des déclarations fracassantes. OK. Et après? Je vais faire quoi ensuite? M’engager dans un mouvement quelconque dont le but est d’éviter ce genre de choses? Faire une réflexion profonde sur la violence pour ensuite rejoindre un mouvement social dont le but est de contrer la violence? Ou plutôt rien en me disant que j’ai fait ma part et en me confortant que je suis quelqu’un de conscient et d’engagé?

Dans le premier cas, je me suis engagé. Dans le deuxième cas, mon « partage » a créé un alibi parfait pour que je reste désengagé en évitant la culpabilité.

Parce que quand je suis révolté de quelque chose, je me sens normalement coupable si je ne fais rien. Et il faut bien dire que dans la plupart des choses qui nous révoltent, il n’y a pas trop de possibilité d’engagement. En fait, on ne peut rien faire très souvent. On vit de l’impuissance.  Or, l’impuissance crée naturellement de l’agressivité. C’est la manière normale de se sortir de l’impuissance.

Tout se passe donc comme si la dénonciation des injustices permettaient d’évacuer sa colère et du coup sortir de l’impuissance et se donner l’illusion que l’on a fait quelque chose.

Prenons un exemple.

Le verdict de Guy Turcotte est tombé : non criminellement responsable. Ça a choqué, révolté, écœuré même. Et ça a entraîné une vague de révolte à travers le Québec.

Voyons comment ça peut s’être passé en nous.

-          Des enfants ont été tués : colère, révolte, impuissance… culpabilité (comme humain, je me sens coupable de ce qui arrive, même quand je n’ai aucun pouvoir là-dessus).

-          Ça prend donc un coupable : c’est Turcotte. Il sera puni. Fin de ma colère et de mon impuissance. Le coupable est trouvé. Yes!

-          Le jugement sort : non criminellement responsable. Merde. Retour à la colère, la révolte et… la culpabilité. Ça prend un coupable. C’est sûr que c’est lui puisqu’il a avoué. Pourtant il ne sera pas puni. Ça prend quand même un coupable qu’on punit pour me sortir de mon impuissance. Ça y est, j’ai trouvé : le juge est un con, les jurés sont des cons, la justice, c’est de la merde.  Pendons Guy Turcotte par les couilles. « Je partage. » Ouf. On a les coupables, j’ai fait quelque chose en partageant. Fin de mon impuissance et de ma colère. Disparition de ma culpabilité et, au final, évitement des vrais enjeux d’engagement.

Vous allez sans doute me dire que je charrie quand je parle de culpabilité. Pourtant, peut-être pas tant que ça. Personnellement, je crois que les humains sont tous liés et que lorsqu’il arrive quelque chose à quelqu’un, une sorte de fond de culpabilité inconscient surgit. (Inconscient collectif?) Sauf que la plupart du temps, nous ne pouvons rien faire.

Tentez de faire l’expérience de rester juste un peu dans votre colère ou votre révolte. Prenons le cas de ce qui vient d’arriver en Norvège. C’est révoltant. Restons avec ça. Observons cette révolte.

Personnellement, quand j’observe en moi la révolte que je vis par rapport à Oslo, j’y découvre d’abord que je suis désolé pour les gens qui sont morts et surtout pour leurs familles. Je découvre ensuite une sorte de grande frayeur par rapport à l’assassin. Ce qui surgit alors est : dans quelle société vivons-nous… Puis, tout de suite après, peut-être à cause de mon âge, c’est la question : quelle sorte de société avons-nous faite? Qui vient naturellement à mon esprit. Et je me sens mal. Soudain, je ne suis plus à Oslo. Je suis plutôt connecté à toutes ces personnes qui sont passées dans ma vie et que je n’ai pas compris, que j’ai frustrées, en qui j’ai suscité de la colère… et je me dis : ai-je contribué à fabriquer quelque part quelqu’un comme ça? Et je sais qu’il s’agit de culpabilité parce que tout de suite, je sens une mobilisation monter : puis-je faire quelque chose? Puis-je réparer quelque chose?  Et si je me laisse aller, je vois bien que je cherche, je cherche, je cherche. Je DOIS trouver quelque chose à faire. Dénoncer? Hurler? Je ne sais pas. Mais si je DOIS autant faire quelque chose, c’est certainement parce que c’est un besoin… Mais lequel?

Et quand j’observe cet élan de faire quelque chose assez longtemps en résistant à la tentation de faire quelque chose, je découvre que je me sens co-responsable de cette humanité qui part en vrille. Je me sens connecté à ces gens d’Oslo autant qu’à Amy Winehouse. Je me sens coupable de ne pas avoir été là pour elle.

Bon, ok. C’est du délire, hein? Je ne pouvais pas être là pour Amy Winehouse… Je sais ça. Mais je me sens comme ça quand même. Quand on observe, il faut aller où mène l’observation sans juger.

Nous ne sommes pas ici dans le concret des choses, dans le désir de faire partie de son réseau d’amis, dans le regret réel de la présence à cette personne en particulier.

Nous sommes plus loin que ça.

Dans la coresponsabilité de l’humanité dans l’humanité.

Dans la nécessité d’être là, à ma façon, pour toutes les Amy Winehouse qui croiseront ma route.

Et je me surprend à revisiter ma vie. À me demander si j’ai bien répondu à tel client qui voulait me voir en urgence. Si j’ai su écouter les signes de mes amis qui n’allaient pas bien. Si j’ai pu, à travers ma propre vie, me montrer vraiment coresponsable de l’humanité.

Les mouvements de développement personnels nomment ça la « reliance » aux autres. Jung parlerait sans doute d’inconscient collectif. Le christianisme nomme ça la « communion des saints ».

Je sens aussi monter en moi un sentiment d’urgence…

Vertige…

Tout d’un coup, toutes ces émotions se relient à ma mission personnelle.

Je vais écrire un texte.

Un texte sur la responsabilisation et l’engagement.

Je suis du coup au cœur de ma vie, impliqué dans toutes les fibres de mon être, avec le sentiment que là, je suis en train de faire quelque chose pour toutes les victimes du monde. Pour l’humanité.

C’est prétentieux? Je ne le vis pas comme ça. Je le vis plutôt comme une évidence. Et c’est la raison pour laquelle je me retrouve en ce merveilleux dimanche matin en train d’écrire ce texte.

Parce que je crois qu’il faut que je l’écrive.

Parce qu’au moment où je l’écris, mes doigts bougent presque tout seuls sur le clavier.

Parce que je vois clairement le lien entre mon fameux « principe de l’hirondelle » et ce que je suis en train d’écrire.

Et que je vois le but ultime de tout ça.

Devenir des êtres plus conscients.

Faire en sorte que nous élevions nos enfants pour qu’à 20 ans, ils soient comme à 40. Conscients et pleinement dans leur mission.

Parce que c’est urgent.

Parce que je pressens que le sort de l’humanité passe par cette prise de conscience collective de soi-même et de notre mission pour les autres.

Et parce qu’en le faisant, j’ai l’impression d’être pleinement engagé dans ma propre mission.

Aider les gens à passer à un autre niveau de conscience.

Le niveau où, chacun selon notre mission personnelle, nous sommes co-responsables de l’humanité et de la création.

Ouf… je m’emporte, hein?

Où en étais-je?

Ah oui.

Au fait que si je ne suis pas pleinement conscient de ce qui se passe en moi lorsque j’apprends une horreur, je risque de faire un petit quelque chose pour calmer ma culpabilité qui, au final, ne servira qu’à me désengager en faisant taire en moi tout ce qui m’aurait permis d’aller plus loin.

C’est ça, le premier niveau d’évitement : trop vite sortir dehors les masses en l’air sans m’être d’abord observé avec tout ce qui se passe en moi.

Deuxième niveau d’évitement.

Le deuxième niveau d’évitement est plus sournois à mon avis parce qu’il se présente sous la forme d’un engagement vrai à une cause réelle. En fait, je pense qu’il est possible que deux personnes puissent être engagées dans la même cause et que une le soit réellement alors que l’autre est dans l’évitement.
Et le signe de ça, c’est l’installation des « péchés ».

Ouf… ça mérite une explication, non?

À toute les époques, il y a eu des mouvement de répression.

Et dans tous les mouvements de répression, il y avait quelque chose de caché : le plus important, le péché de celui qui réprime.

Je reprends encore ici le thème de la paille et la poutre, mais il me semble fondamental.

Quand une cause sert à faire avancer l’humanité, je suis entièrement en faveur de son existence. Et en fait, toutes les causes ou presque sont valables.

Mais quand on se sert des causes pour élaborer une sorte de catalogue de « péchés » qui va servir ensuite à accuser les autres et à réprimer des gens, là, je débarque.

Nous venons à peine de nous libérer des catalogues de péchés.

Nous venons à peine de sortir de ce marasme moral qui « cataloguait » ce qu’on devaiit faire ou pas.

Nous venons à peine de commencer à penser par nous-mêmes et à nous laisser guider par l’amour sans en mettre des balises morales.

Nous venons tout juste de sortir de ce qui est permis ou défendu au profit de ce qui a un sens.

Est-il besoin de faire de nouveaux catalogues pour baliser encore une fois ce qui est permis et défendu?
À quoi ça sert? Pourquoi avons-nous tant besoin de ces catalogues?

Ils ne servent qu’à nous sortir de nous-mêmes et à nous éviter de penser au sens de nos propres actes. Ils servent aussi et surtout, en général, à accuser les autres.

Anciennement, lorsque deux personnes qui n’étaient pas mariées faisaient l’amour, c’était un « péché ». C’était dans le catalogue. Par contre, lorsqu’un homme prenait sa femme pour lui faire un treizième enfant et qu’elle acceptait ça, au péril de sa vie parfois, parce qu’il fallait satisfaire son mari, c’était bien parce que ce n’était pas dans le catalogue. Cela évitait de se demander quel sens il y a à risquer la vie d’une mère de 12 enfants. Cela, comme homme, m’évitait aussi de me demander quelle pulsion sordide me pousse à faire ça. Je n’avais pas besoin de me demander ça puisque j’étais occupé à traiter de putain la fille du 5e rang qui venait de tomber enceinte parce qu’elle avait fait l’amour avec l’homme de sa vie dans un élan de passion amoureuse chargé de sens et de vie. Moi, le salaud aux treize enfants, j’étais hors de cause… C’était elle la « guidoune » comme on disait à l’époque.

Vous voyez où je veux en venir?

À une certaine époque ( et encore malheureusement aujourd’hui), les hommes ont abusé d’un pouvoir hérité de leurs ancêtres pour soumettre la femme d’une façon éhontée. Ça a donné la cause de la « libération de la femme ». Belle cause en vérité et complètement nécessaire. Et tant que cette cause suscite chez les personnes qui s’y engagent une réflexion sur elles-mêmes, sur leurs attitudes, sur les choses à ne plus jamais accepter, sur les moyens de s’y prendre pour rétablir une certaine justice entre les hommes et les femmes, j’applaudis très fort.

Mais si cette cause se met à établir un catalogue de « péchés », on verra apparaître l’alibi parfait. Ce n’est pas ma faute, ce n’est pas ma responsabilité, c’est la faute de l’autre.

Du coup, on va se mettre à accuser les autres. On va sortir de soi. Et on va perdre de vue que l’attitude intérieure et le changement personnel sont les deux seuls moteurs d’un vrai changement de société.

Et le catalogue de péchés du « women’s lib » est bien rempli. Un homme ne doit pas penser au sexe d’abord : péché. Un homme ne peut pas faire une blague salée sur une femme : péché. Etc.

Attention. Je ne dis pas que c’est bien de le faire. Mais plutôt que de ne rien faire d’autre que d’accuser le gars d’être un « maudit cochon », pourquoi ne pas simplement ne pas rire de sa blague? Pourquoi ne pas juste détourner le regard? Pourquoi aussi ne pas se demander quelles sont nos attitudes à nous que l’on peut changer?

J’ai vu des femmes porter des robes soleil quasi transparentes sans soutien-gorge s’offusquer que les hommes les regardaient. J’ai vu des femmes s’extasier entre elles de la grosseur du pénis d’un gars pour ensuite dire aux gars qu’ils étaient des cons de se demander s’ils étaient assez gros. J’ai vu des filles se comporter dans un bar de chip’dale d’une façon telle que si des gars réagissaient comme ça dans un bar de danseuses, ils se feraient foutre dehors. On dit que le deuxième cerveau du gars est son pénis. Bon. Mais j’ai tellement vu de femme dont le deuxième cerveau n’était guère plus haut…

Les catalogues de péchés ne servent à rien sinon à remarquer chez l’autre ce qui ne va pas. Il ne sert qu’à détourner son regard de soi, la seule personne au monde sur qui j’ai du pouvoir.

Prenons un autre exemple.

La planète est en train de devenir un dépotoir. On en a fait une cause : celle de l’environnement. Et c’est bien.
À ça, s’est greffé une nouvelle liste de péchés et ça, c’est moins bien. 

Jeter à la poubelle un contenant de plastique, utiliser des engrais polluants, prendre une automobile qui dépense trop d’essence, boire dans un verre en styromousse, polluer en exploitant les sables bitumineux… autant de nouveaux « péchés » contre l’environnement qu’on peut décrier. On peut alors pointer du doigt des coupables.

Ça nous permet de regarder à l’extérieur de nous. Et ça nous évite de se regarder soi-même.

Lorsque j’étais professeur, je m’étais fait engueuler par un élève un matin parce que j’avais jeté un contenant de jus d’orange vide à la poubelle plutôt que de le mettre dans le bac bleu. Bon… Penaud de n’avoir pas donné l’exemple, je m’étais excusé et j’avais changé le dit contenant de bac.

Quelle ne fut pas ma surprise d'entendre ce même élève dire à un autre ensuite qu’il n’avait pas l’intention de payer pour remplacer le catalyseur de sa voiture et qu’il avait trouvé un garagiste qui allait lui arranger ça.

Pourtant, l’enlèvement du catalyseur d’une voiture devrait être dans les nouveaux péchés contre l’environnement, non?

En fait, les catalogues servent trop à ne pas se poser de question sur soi-même.

On est engagé dans une cause. On a trouvé le coupable.

Parfait.

Le boulot est fait.

Nul besoin maintenant de se regarder vivre.

Je suis très loin de penser que les causes ne devraient pas exister.

Je suis très loin d’affirmer que l’on ne devrait pas dénoncer les horreurs de ce monde.

Mais si nous voulons faire de cette planète et de notre humanité quelque chose qui est digne de nous, il est urgent de commencer à se regarder soi-même, plutôt que de regarder les autres.

Il n’y a que sur nous que nous avons du pouvoir.

Jamais sur les autres.

Et tant que nous essaierons de changer les autres plutôt que de se changer soi-même, les choses resteront comme elles sont.

Des « Guy Turcotte » continueront de tuer des enfants, des drames comme celui d’Oslo continueront d’arriver, des « Amy Winehouse » perdront la vie.

C’est urgent.

C’est vital.

Et c’est ce que je nous souhaite.

Pas demain, pas la semaine prochaine.

Aujourd’hui.

Aussi vite que ça.

vendredi 22 juillet 2011

Meilleure qualité... moins grande humanité...

Mai 1970.

J’ai 17 ans.

Depuis quelques temps, une bosse à l’aine du côté gauche m’incite à aller voir le médecin. Il diagnostique une hernie inguinale qui doit être opérée.

Une semaine plus tard, l’hôpital appelle. Je dois entrer le lendemain.

Le lendemain matin, j’entre à l’hôpital dans l’après-midi. Dans ma section, il y a sept chambres doubles et 5 infirmières pour s’en occuper. Une d’entre elles vient me voir et m’explique en détails pendant une demi-heure comment cela va se passer. Elle se nomme, me dit qui va la remplacer à 4h, elle me dit aussi qui elle est et comment je vais l’aimer. Tout ce temps-là, elle est assise sur mon lit et j’ai l’impression qu’elle est là pour moi, qu’elle a tout son temps.  Un moment donné, je vois une autre infirmière se montrer le bout du nez dans la chambre et lui dire avec un grand sourire : « Ton patient dans la deux voulait son calmant et je lui ai donné. » Elle la remercie. Quant à moi, elle m’explique que je vais être opéré le lendemain matin. En attendant, j’aurai des tests à passer. Elle me raconte qu’on va me garder trois jours environ dépendant du médecin. Elle s’appelle Céline. Quarante et un ans plus tard, je m’en souviens encore.

Vers 4 heures, deux infirmières entrent dans ma chambre. Céline me présente sa remplaçante. C’est Huguette. Elle me souhaite une bonne soirée, me dit à demain. Elle s’en va et Huguette reste 5 minutes pour me demander si Céline m’a expliqué ce qui se passerait demain. Je lui dis que je suis un peu nerveux à cause de l’anesthésie et elle me rassure en me disant comment l’anesthésiste est bon et gentil.

Il est 7h. Une infirmière que je ne connais pas entre dans ma chambre. Elle commence par me dire qu’on ne se connait pas puisque je dormais quand elle est arrivée. Elle me donne une injection « pour me détendre ». Wow… Du bon stock, vraiment… J’ai encore toutes mes appréhensions mais j’en ris…

Quelques temps plus tard… aucune idée combien, un brancardier entre dans ma chambre avec Céline. Elle rit. Elle me dit que c’est à mon tour. Ils me mettent sur la civière. Célime me met la main sur l’épaule et murmure : À tout à l’heure…

J’entre dans la salle d’opération. Mon docteur est là, tout prêt avec son masque. Tout le monde me regarde. Il me dit : salut jeune homme… prêt à régler ce petit problème? Trois infirmières sont là également ainsi qu’un homme que je ne connais pas. Je dis : « bonjour tout le monde, je suis un peu nerveux… puis à la blague… vous allez faire attention à moi, hein? » Un infirmière éclate de rire : « T’inquiète pas, on surveille le docteur, il t’enlèveras pas de morceaux de trop. » Tout le monde rit. Puis l’autre homme s’approche de moi et me dit : je suis l’anesthésiste. Je lui dis que je suis un peu nerveux et que j’ai peur de ne pas me réveiller. Je lui demande comment ça va se passer. Il commence par me dire de ne pas m’inquiéter, qu’il n’en manque que huit par semaine et que son quota est déjà atteint. Tout le monde rit. Puis il me dit qu’il va d’abord m’injecter du penthotal et qu’ensuite il va continuer avec du gaz, de l’éther, pour le reste de l’opération. Je lui dis que c’est comme dans les films, du sérum de vérité, et il part à rire. Une infirmière proche de lui me lance : « J’espère que t’as pas trop de secrets parce qu’on va tout savoir de toi après! »

C’est à ce moment que l’anesthésiste me dit : j’espèce que tu aimes les oignons, parce que ça va goûter les oignons. Il a la seringue proche du soluté. Je lui dis : « Attendez! » Je suis nerveux. Il arrête et me dit : « Ça va bien aller. T’es prêt? » Je dis « Oui. » En injectant, il me dit : compte de 10 à 0.

« 10… » je ne sens rien

« 9 » c’est vrai que ça goûte les oignons…

« 8 » Une impression de tomber dans un trou… black out.

À mon réveil quelqu’un est penché sur moi. « Bon retour parmi nous… c’est fait. Tout s’est bien passé. Tu es en salle de réveil… »

Black out…

Je me réveille une autre fois… Je dis : « Je suis où là? »

Quelqu’un se penche sur moi. La même personne. « Toujours en salle de réveil… tout va bien, t’inquiète pas. »

Sourire... Black out…

Je me réveille une autre fois. Céline est là. « Tu es revenu à ta chambre. On t’a donné un calmant. Tu vas être zombie pour la journée. Relaxe. » Elle me met la main sur une petite sonnette et me dis : ça, c’est pour appeler si tu as besoin de quelque chose.

Black out…

Je vais passer la journée ainsi entre le black out et l’état de veille. Pendant ce temps, on me fera lever deux fois dans des moments plus éveillés. Il faut que j’aille aux toilettes. C’est important disent-ils.

On m’explique aussi que je dois me lever et marcher pour éviter les « adhérences ».

J’aime qu’on m’explique les choses.

Je me souviens vaguement d’amis venus me voir, de ma mère, de mon docteur qui me dit que ça s’est très bien passé.

Je me souviens d’Huguette qui me souhaite bonne nuit.

Le lendemain, je suis mieux réveillé.

Plusieurs fois, on me lève, on me fait marcher, on me fait asseoir.

Et on m’explique à chaque fois pourquoi.

Une belle journée dans la sécurité que les gens prennent soin de moi.

Et une envie de m’en aller qui va se concrétiser le lendemain.

Le médecin vient me voir, me demande si je me sens en forme pour partir.

Je lui explique mes craintes que la plaie réouvre. Il me rassure.

L’infirmière est là aussi. Lorsque le doc repart, elle prend la relève, m’explique comment faire une fois à la maison.

Expérience agréable somme toute.

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Décembre 2010.

J’ai 57 ans.

Depuis quelques temps, une bosse à l’aine du côté droit m’incite à aller voir le médecin. Il diagnostique une hernie inguinale qui doit être opérée. Il me réfère au chirurgien avec la mention urgence.

J’apporte la feuille à l’hôpital. Le chirurgien me verra fin janvier.

Fin janvier, je vois le chirurgien qui confirme le diagnostic de hernie et me réfère en pré-admission. On me fait passer les tests requis pour l’opération et on me place sur une lite d’attente.

Juillet 2011.

Après deux reports, on m’appelle pour que j’entre à l’hôpital le lendemain matin. Il s’agit d’une chirurgie d’un jour.

Lorsque j’arrive, je mets mes cartes de plastique dans un petit contenant à l’accueil et j’attends mon tour.

Une fois mon tour arrivé, on me demande de mettre deux jaquettes et on m’installe dans le lit 11 d’une immense salle. Deux infirmières très gentilles mais surchargées sont là. On m’explique que le médecin et l’anesthésiste vont passer puis que je serai emmené en salle d’opération.

Me reste à attendre.

Une heure plus tard, l’anesthésiste passe. Très polie. Elle m’explique ce qu’elle va faire et s’en va.

Le chirurgien ne vient pas.

Un type m’emmène en salle d’opération à pied. Il m’installe sur la table. Des infirmières sont là, loin de la table d’opération. Je dis « bonjour tout le monde ». Personne ne me répond. L’anesthésiste s’approche de moi. Elle me pose le soluté et me redit ce qu’elle m’a dit avant tout en le faisant. Le chirurgien s’approche et me dit : « on s’est vu en janvier ». Je dis : « oui ». J’ai envie de dire… « et on devait se voir tout à l’heure » mais je dors déjà.

Black out.

Plus doux que 40 ans avant. Pas d’impression de mourir. On s’endort sans s’en apercevoir. Les techniques semblent plus au point.

Je me réveille tout d’un coup. Une infirmière est là. Pas de sourire. Je lui dis : « Je suis réveillé? » Elle me dit : « Oui, on vous ramène en chirurgie d’un jour! » Toujours aucun sourire. Je lui dis qu’il y a 40 ans, on ne se sentait pas réveillé autant. Pas de réponse. Toujours pas de sourire. Encore un peu dans les vaps, j’entre en chirurgie d’un jour (la salle avec de nombreux lits) et je pense avoir dit : « je suis content d’être revenu, je l’aime pas, celle-là, en parlant de l’infirmière sans sourire.

Oups… ça m’a échappé.

J’espère ne pas l’avoir offensée. Mais j’ai un bon alibi… L’anesthésie doit encore faire un peu effet.

En chirurgie d’un jour, on me fait aller aux toilettes, on me fait boire et manger, puis on me dit que dès que le médecin m’aura vu je pourrai partir.

Mais le médecin est entré en salle d’opération. Ça va aller dans une heure à peu près.

Un moment donné, j’entends : le 11 a été aux toilettes et a mangé, c’est bon.

C’est moi, ça, le 11.

Le médecin sort de sa salle d’opération et fait ses notes. C’est long…

Changement de chiffre…

Les deux infirmières s’en vont. Pas de bonjour. Pas de regard. Rien.  Il reste un infirmier. On lui demande d’aller en salle de réveil et il répond qu’il doit rester là car il n’y a personne. Comme il n’a aucun sourire, je me dis que ça doit être une condition pour travailler en salle de réveil.

Un moment donné je dis : « J’espère que le doc n’est pas retourné en salle d’opération. » Il m’entend et va voir. Il revient. Toujours aucun sourire mais j’ai mon information : « Non. Toujours là. » Bon, ça ne devrait plus tarder.

Enfin, le médecin se pointe pour me dire que ça s’est bien passé et qu’il va me revoir dans 4 à 6 semaines.
On me donne un papier sur lequel est écrit ce qu’on doit faire à la maison ainsi qu’une prescription pour des antidouleurs. Je comprends en le lisant que ce papier remplace les deux jours d’hospitalisation où on m’expliquait quoi faire.

Et à la fin, on mentionne que si je me pose des questions, je dois appeler le 811.

Je peux partir…

De retour chez moi, je me dis que les techniques ont bien changé. L’anesthésie est plus agréable qu’avant. Probablement que la chirurgie se déroule aussi selon des techniques meilleures qu’avant.  Et probablement qu’on sauve beaucoup d’argent en renvoyant les patients chez eux tout de suite au lieu de les garder à l’hôpital trois jours.

En fait, je n’ai rien à redire de cette opération.

J’ai été bien soigné.

En aucun moment, ma vie a été en danger.

Tout le personnel a été complètement professionnel.

Pourtant, le sentiment que je garde, c’est d’avoir été de la viande.

Je n’ai aucun reproche à faire à personne.

Le système est efficace.

Tout est parfait. Techniquement.

Mais au détour de cette rationalisation budgétaire, on a perdu un peu d’humanité. Beaucoup même.

Au final, je pense que c’est une question d’argent.

Est-ce nécessaire de passer beaucoup de temps avec son patient? Médicalement parlant, probablement pas.

Est-ce nécessaire d’avoir quelqu’un auprès de soi de temps en temps pour répondre aux questions? 

Probablement pas. Médicalement parlant.

Tout est parfait.

Mais inhumain.

Ou plutôt… minimalement humain.

C’est à la fois bien et pas bien.

Et c’est comme ça partout…

On achète quelque chose chez Ameublement Tanguay. Le vendeur passe beaucoup de temps à nous convaincre de l’acheter. Puis, quand on est décidé, il nous accompagne à la caisse et va faire autre chose. Il n’est plus là quand on paye. Il n’est plus là quand on reçoit la marchandise. Ce n’est pas lui qui nous appelle pour voir si on est satisfait.

On achète une voiture de 30000$ et une fois que le vendeur a fait signer le contrat, on passe à un autre pour payer et à un autre encore pour recevoir la voiture.

C’est le travail en série.

Moi, quand je reçois quelqu’un en psychothérapie, je lui ouvre la porte.

Plusieurs m’ont demandé pourquoi.

Des collègues m’ont dit : pourquoi tu le laisses pas entrer tout seul et que tu viens pas le chercher juste à l’heure de la thérapie.

C’est vrai que ça serait tout aussi efficace.

Mais je résiste.

Je me fais l’illusion qu’un être humain a besoin de plus que d’être un numéro.

« Au suivant… »

Mais peut-être que je suis trop vieux en fait…

Peut-être que les humains du 21e siècle n’ont plus tant besoin de cette attention qu’on leur donnait auparavant…

Peut-être qu’on s’en fout, pourvu que le travail soit bien fait.

Mais bon…

Moi, j’attendrai toujours mon client à la porte…

Juste parce que je suis comme ça…

Un être humain qui attend un autre être humain.

samedi 16 juillet 2011

Pourquoi “Gars” s’écrit encore avec un grand “G” comme dans “Gnaiseux”?

Lorsqu’on parle de développement personnel, de spiritualité, de sentiments, d’amour vrai etc., inévitablement, notre public, c’est des filles.

Regardez seulement les gens inscrits sur mon Facebook : 25% de gars, 75% de filles. Dans mon bureau de psychologue, c’est la même chose. En vérifiant dernièrement, ça donnait 20% de gars et 80% de filles.

Et maintenant, j’écris un article pour les gars, mais c’est en majorité des filles qui vont le lire.

Quand je reçois des couples, la majorité des gars sont convaincus que c’est la fille qui a un problème et viennent « pour l’aider » à réaliser que si elle était différente, le couple marcherait mieux. Parce que eux, ils ont rien à dire. Parce que eux, ils sont « corrects ».

Un jour, quelqu’un a partagé un de mes articles sur sa page et un gars que je ne connais pas a d’emblée écrit  en parlant de moi : « Lui, y me tappe! » Et pourtant, je ne le connais pas, vraiment…

Ça ne prend pas avec les gars ce que j’écris.

Bon…

Ça veut dire que ça a ben l’air que je ne sais pas parler aux gars.

Et pourtant…

Je suis un gars.

Mais je fais partie de ces 20% ou 25% de gars qui liraient mes articles, qui se préoccupent de spiritualité, qui pensent qu’on a des émotions.

Bon, ok, vous me direz que ça vient avec l’âge.

Mais j’étais comme ça à 18 ans.

Et qu’est-ce qui se passait à 18 ans?

J’écrivais des chansons sentimentales, je recevais des confidences et… mes amies étaient presque toutes des filles.

Parce que je trouvais les gars euh… niaiseux. Je trouvais qu’ils manquaient de profondeur. Je trouvais qu’ils n’avaient pas de conversation.

Et les gars, ils me trouvaient comment? Ben « Rochette », ça rimait avec « tapette » et je l’ai entendu plus souvent qu’à mon tour.

Pourtant, c’est encore à 80% des gars qui se suicident.

C’est encore les gars qui ont des problèmes dont ils ne parlent pas.

Il est où le problème?

Bien sûr, on pourrait sortir toutes les différences entre les gars et les filles, tous les clichés déjà entendus là-dessus, que les gars raisonnent avec leur queue, que les filles sont plus sentimentales, que les gars sont plus dans l’action et les filles dans la parole.

Pourtant je connais pas mal de filles qui raisonnent avec leur clitoris et qui agissent bien plus qu’elles ne parlent.

Il est où le problème?

À mon avis, une partie du problème vient du fait que nous, les gars, on a refusé de grandir. On est restés des bébés.

Bon, ça y est, je vais encore en perdre une gang.

Je vous propose quelque chose.

Je vais essayer de faire une partie de cet article en m’adressant aux gars. Aux vrais. Et vous qui me lisez, et à qui cet article ne s’adresse pas, je vais vous demander de faire lire à ceux qui ne me lisent pas juste cet extrait où je parle aux vrais gars.

Vous êtes prêts?

C’est parti.
……………………

Heille toi..

T’es pas tanné d’être en couple pis d’avoir à négocier chaque party auquel tu vas?

T’es pas tanné de vivre avec le concept d’ « air lousse »?

T’es pas tanné d’être obligé de mentir à ta femme chaque fois que tu veux avoir du fun parce qu’autrement, soit elle pète les plombs, soit elle veut « jaser » pis que tu sais que ça va durer une éternité?

Oui, hein?

Hostie, oui, hein?

Ben je vais te donner un truc.

Mets tes culottes, tabarnak!

Arrête de te comporter en p’tit gars à sa maman.

Dis-lui ce que tu veux.

Dis-lui ce que tu penses.

Vieillis un peu.

Tu vas me dire : « Euh… comment ça? ».

Ben r’garde ben…

Quand t’as commencé à sortir avec ta blonde, t’as vu quoi en premier? Son intelligence? Son sourire? OUI, hostie… Tu les as vus ces affaires-là. C’est ça que t’as vu mais t’as vu aussi ses boules pis son cul… Pis t’a oublié alors que t’étais autre chose qu’une queue…

Pourquoi?

Parce que tu cherches ta mère, man…

Pis ta mère, elle est plus là…

Vieillis un peu câlisse…

« Euh… heille… arrête, tabarnak… C’est pas vrai. »

Ah non, c’est pas vrai?

Pourquoi alors tu lui laisses tout le temps faire la bouffe, pis que tu t’es fait accroire que tu savais pas cuisiner? Parce que c’est vraiment une affaire de bonne femme ou parce que ta mère te nourrissait?

Pourquoi tu prends presque pas le bébé? Parce que les gars ont pas le tour ou parce que ta mère te prenait?

Pourquoi t’aimes ça te coucher sur ses genoux en écoutant la télévision? Parce que tu relaxes ou ben parce que ça te permet de te mettre en fœtus?

Tu te plains que ta blonde veut plus baiser après avoir eu des enfants, mais tu la laisses être une mère mur à mur, même avec toi.

Une femme, ciboire, c’est pas juste une mère…

Sois un vrai gars.

Affirme-toi.

Dis-lui que ça te gosse de la peinture rose sur un mur.

Dis-lui que toi, des meubles en osier, t’as jamais trouvé ça ben ben beau.

Invite tes chums chez vous au lieu de te sauver dans un bar.

Laisse pas ta blonde prendre le contrôle.

C’est vrai que les femmes ont tendance à devenir « Germaines », mais c’est parce que ça fait ton affaire…

Arrête de niaiser avec les hostie d’ « air lousse », comme si ta blonde était ton boss.

« Ouais, mais j’achète la paix! »

C’est pas vrai tabarnak. T’achètes pas la paix, t’entretiens la marde. Plus ça va être comme ça, plus tu vas te sauver. Pour pas avoir à parler. Pour pas avoir à subir les jugements de « maman-blonde ».

C’est pas à ta blonde à s’occuper de toi, à te faire manger, à te torcher…

C’est pas à elle à te confirmer que t’es « un bon p’tit gars ».

Crisse, réveille… C’est quoi ta vie? Tu fais le king à l’ouvrage, tu sors avec les chums une fois par semaine, pis c’est les seuls temps où tu respires? Voyons donc…

Installe-toi chez vous comme un vrai gars, pas comme un p’tit gars.

Arrête de faire ton smatte avec ta queue, elle va ramollir à 60 ans, pis tu vas avoir l’air d’un con.

T’en as des sentiments, hostie… T’en as plein…

Pourquoi tu les dis pas?

Pour avoir la paix?

Parce que maman a toujours raison?

Parce que t’as été élevé à juste sentir la colère et pas la peine?

Pourtant tu la sens, la peine, des fois… mais tu vas prendre un coup, dans ce temps-là. En cachette de la bonne femme en plus.

Câlisse que tu fais pitié.

Pis inverse pas le truc… prends pas le contrôle en lui disant de fermer sa gueule. Autrement, tu vas élever un p'tit fille et elle va partir une fois que son père lui aura tout appris. 

C’est pas mieux…

Regarde ta blonde dans les yeux. Dis-lui : « Tu veux jaser? On va jaser! Pis explique lui qu’il y a 2 boss dans la maison. Elle pis toi. Pis que y’a personne qui donne d’ordres à l’autre. Qu’on décide des choses ensembles. Qu’on doit être des partenaires. Que dorénavant tu vas faire cuire les pâtes parce que tu les aimes mieux comme tu les fais. Que ça te dérange pas qu’elle sorte les vidanges. Que tu veux faire garder les enfants de temps en temps pour pouvoir te saoûler la gueule avec elle pis avoir une bonne partie de fesses. Que tes rendez-vous, t’es capable les prendre tout seuls. Pis que si tu les oublies, c’est ton problème. Que le patio est à vous deux, autant pour ses party de sacoches que pour que tes chums viennent faire un tour.

Arrête d’être un bébé…

Arrête de te dire qu’il faut tout faire tout seul pour prouver qu’on est un vrai gars… Tu veux prouver quoi?  « Regarde maman comme je suis grand? »

Ce qui est grand, c’est de demander de l’aide quand ça marche pas.

Ce qui est grand, c’est de dire : je suis pas capable, quand c’est le cas.

C’est fini le temps ou ta mère était fière de toi parce que tu t’étais débrouillé tout seul.

T’as plus de mère.

T’as une blonde.

Pis sa job, c’est pas d’être fière de toi.

Tu veux pas d’une « germaine » dans ta vie?

Ben soit un gars. Un vrai.

Pas un « p’tit gars ».
……………….

Voilà.

Quand vous partagerez ce texte à des gars, ne leur faites lire que ce bout-là.

Pour commencer.

On verra bien.

Et vous, mesdames…

J’ai aussi ce matin quelques petites choses à vous dire.

Beaucoup d’entre vous cherchent des « bad boys ». Vous aimez ça. Tsé, les beaux p'tits gars avec le beau tit cul et le six pack? Ça fait viril. Mais souvent, ce que vous cherchez à faire, c’est les « sauver », leur faire découvrir leur spiritualité, les faire « parler » alors qu’ils ne parlent pas.

Personnellement, j’ai hâte que vous réalisiez que, quand vous faites ça, vous jouez à la mère.

Vous prenez un gars qui est un p’tit gars et vous essayez de l’élever pour qu’il devienne grand.

Mais si vous êtes sa mère, peut-être que vous allez réussir… Mais quand il sera grand, il voudra un couple… Et il ne le fera pas avec sa mère. Et il va vous quitter.

Des fois, on me demande la différence entre un vrai gars et une vraie femme.

Et moi je dis qu’il n’y en a pas.

Bien sûr, on pourrait aligner bien des différences…

Mais fondamentalement, je crois qu’il n’y en a pas.

Pas pour les vrais.

Parce qu’un vrai gars, ça a un cœur et ça n’a pas peur de s’engager. Et ça a un corps et ça sait s’en servir.

Et qu’une vraie femme, ça a un cœur et ça n’a pas peur de s’engager. Et ça a un corps, et ça sait s’en servir.

Face à face. Les yeux dans les yeux. Tous les deux capables de dire en même temps : « Je t’aime… baise-moi! »

Et pour ça, il faut être des adultes.

Pas des p’tit gars et des p’tites filles!


mardi 12 juillet 2011

L'observation de soi. Une méthode, une façon de vivre.

Plus je publie des textes, plus les gens commencent à me demander: "Comment on fait?. C'est bien beau tout ça, mais existe-t-il une manière de ne plus projeter sur les autres, d'entrer dans ses souffrances, de trouver la lumière au bout du tunnel, de vivre l'amour vrai?"

Bien sûr, une bonne psychothérapie peut être adéquate pour les problèmes enracinés depuis longtemps en soi.

Cependant, il y a une façon de vivre qui peut aider grandement.

Je publie ici un extrait du manuscrit brut et non corrigé du livre que je suis en train d'écrire: Le principe de l'hirondelle. J'espère que cet extrait saura vous aider.

J'y parle de l'observation de soi.

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La première attitude que je vous propose est d’être dans l’observation de vous-mêmes. Une sorte d’observation bienveillante qui permet de voir ce qui se passe en vous sans porter de jugement, ni sur ce qui provoque une réaction, ni sur la réaction elle-même.

Cela consiste à se tourner vers l’intérieur de soi et de voir les parties de nous qui sont en train de vivre quelque chose.

Bon. Ça parait bizarre.

Pour bien comprendre, il faut savoir que ce que nous vivons, nous ne le vivons pas de façon unifiée. En fait, il y a plusieurs parties de nous-mêmes en nous.

Faisons un exercice.
Commençons par quelque chose de léger.

Prenez une envie que vous avez.

Je vais vous donner un exemple avec une envie qui me vient parfois. Une simple envie. Et voyons ce que ça donne.

Supposons que vous ayez envie de manger un BigMac. (Mettez votre envie ici, c’est important de partir de la vôtre.)

Plutôt que de vous précipiter au restaurant ou encore de vous l’interdire à cause d’un régime, observez cette envie.

Entrez à l’intérieur de vous et observez-la.

Et dites intérieurement : Il y a en moi l’envie de manger un BigMac. Je ne suis pas cette envie, cette envie est en moi. Je peux l’observer. Elle est immense. Il y a en moi une partie de moi qui a très envie de manger un BigMac.

Continuez d’observer.

Je vois qu’elle prend beaucoup de place.

Continuez d’observer. Y a-t-il autre chose?

J’observe aussi un jugement : « Tu vas encore manger du junk… Tu vas crever du cœur. »

Je ne suis pas ce jugement. Il est en moi. Mais plus je l’observe, plus il prend de la place… jusqu’à devenir aussi gros que l’envie de manger le BigMac.

Continuez d’observer…

Je vois qu’il commence à y avoir une sorte de guerre en moi. Il y a comme une partie de moi qui veut manger le BigMac et une autre partie de moi qui l’engueule de vouloir le manger.

Il y a comme un dialogue intérieur qui se passe.

Continuez d’observer…

Vous voyez?

Nous ne sommes pas un.

Il y a en nous plusieurs parties de nous.

C’est ainsi. Nous sommes faits ainsi. Toujours.

Non, ce n’est pas pathologique. Nous ne sommes pas malades. C’est simplement comme ça.


Arrêtons-nous ici et faites l’exercice.

Vous allez me dire : « Non, ce n’est pas nécessaire, j’ai compris. »

Permettez-mois alors de vous dire que vous avez compris avec votre tête. Mais cet exercice est un exercice d’accueil de soi. Il faut bien plus que notre tête pour accueillir. Il faut vivre, sentir, éprouver ces parties de nous-mêmes qui sont là. Il ne faut pas « savoir » qu’elles sont là. Il faut les « sentir ».

Alors je vous en prie, faites cet exercice. Faites-le maintenant. Il est simple. Si vous ne le faites pas, vous risquez d’être incapable de « comprendre » le prochain qui est beaucoup plus difficile parce que beaucoup plus émotif. Et si vous voulez comprendre vraiment ce que j’entends par observation, c’est important de bien sentir la chose.

Partez d’une envie que vous avez. Au besoin relisez cette partie et recommencez si vous ne savez plus quoi faire. Il s’agit juste d’observer ce qui se passe en vous. Chaque envie, chaque émotion est une partie de vous pas n’est pas tout vous. Et s’il vient des jugements, observez cette partie de vous jugeante. Chaque être humain vit avec des parties de lui différentes de celles des autres, mais nous avons tous ce juge intérieur. Il est en général implacable. Apprenez à l’observer. Surtout sans le juger à son tour.

Partez d’une envie que vous avez et essayez-le.

Ne passez pas à l’autre exercice sans avoir réussi celui-ci, c’est-à-dire sans avoir réussi à observer une partie de vous sans jugement tout en réalisant que ce n’était qu’une partie de vous.

Mais cette partie de vous existe réellement. Si vous ne l’aimez pas, vous risquez de la rayer de votre conscient, de la nier. Pourtant elle est là et deviendra quand même un moteur important de vos comportements. Mieux vaut donc savoir qu’elle existe.

Vous avez pu observer une partie de vous en train d’avoir une envie tout en expérimentant que ce n’était qu’une partie de vous? Très bien. Vous n’avez pas réussi? Recommencez. Simplement. À un autre moment, dans de meilleures conditions de silence, les yeux vraiment fermés. Recommencez jusqu'à ce que vous réussissiez. Ne vous inquiétez pas. Vous allez y arriver.




Faisons maintenant un autre exercice avec quelque chose de plus gros. De beaucoup plus gros. De beaucoup plus impliquant émotivement. Vous êtes prêts?

Il y a quelques temps, un cardiologue de Montréal a poignardé ses enfants de façon atroce et durant son procès, les membres du jury ont déclaré qu’il n’était pas criminellement responsable de ses actes. Cela a soulevé l’indignation. Les gens se sont mis à crier à l’assassin. Beaucoup ont douté du système juridique. Des mots très violents se sont mis à circuler sur le net.

 Bon. Voici l’exercice.

Pensez à ce jugement du tribunal.

Non, ne dites pas tout de suite que le cardiologue est un assassin.

Non, ne dites pas tout de suite que les membres du jury sont des cons.

Non, ne dites pas non plus tout de suite que ceux qui crient à l’assassin sont des cons.

Retenez-vous.

Pensez juste à cela… et observez.

Observez en vous-mêmes ce que ça vous fait.

Observez ce qui se passe en vous.

La première chose que vous allez rencontrer est sans doute la colère ou l’indignation.

Parfait.

N’entrez pas dans cette colère ou cette indignation. Ne devenez pas cette colère.

Ne faites que l’observer.

Je vais rédiger l’exercice avec la colère. Vous pouvez le faire avec tout autre sentiment.

Observez votre colère.

Et dites : « Je vois qu’il y a en moi de la colère. Je ne suis pas cette colère. Elle est en moi. Je l’observe. Elle est immense (ou elle est petite, ou moyenne – observez seulement). C’est une partie de moi, mais ce n’est pas tout moi. »

Et continuez d’observer cette colère.

Il peut arrivez que vous soyez complètement absorbé par cette colère, qu’elle vous envahisse complètement. Si c’est le cas, vous êtes submergés. Il y a en vous un tourbillon d’émotions, un tourbillon d’idées et la tête ne vous arrête plus.

Observez le tourbillon. Dites : « Il y a en moi un tourbillon qui fait que je ne vois plus clair en moi. Je ne peux que regarder le tourbillon. Observez-le. Observez-le comme si vous n’y étiez pas mais que vous étiez en dehors. Visualisez-le. De quoi a-t-il l’air?

Ne vous jugez pas. Ne dites pas : « Je ne suis pas bon, je ne suis pas capable. » Ne dites-pas non plus : « Rochette est un con, il me demande des choses impossibles. » Ce n’est qu’une façon de vous justifier de ne pas y arriver. Personne ne vous juge. La plupart des gens en ce monde vivent complètement submergés par une partie d’eux-mêmes. Ils ne le savent pas. C’est juste comme ça.

Contentez-vous d’observer la tempête. Elle va se calmer. Attendez. Un moment donné, vous serez capable d’observer cette partie de vous en colère. Répétez encore que vous n’êtes pas cette colère. Une partie de vous est en colère. Ce n’est pas tout vous.

Et continuez d’observer. Lentement. N’allez pas trop vite.

Y a-t-il autre chose en vous?

Continuez à rester présent à cette colère…

Voyez-vous autre chose?

Si vous ne voyez rien d’autre, c’est simplement parce que vous avez à continuer à observer la colère. Vous êtes encore trop cette colère et vous ne l’observez pas assez. Essayez de vous visualiser en colère. Voyez-vous vous-mêmes en colère. Ne forcez pas. Laissez l’image se former doucement dans votre esprit. Vous voyez-vous?

Ça y est?

Observez ce personnage de vous qui est en colère. Comment est-il habillé? Quel âge il a?

Continuez à l’observer.

Jusqu’à ce que l’image soit vraiment claire.

Écoutez le personnage maintenant. Que dit-il? Vous entendrez sans doute bien des gros mots, bien des jugements. Ne les bloquez pas. Ils sont là, en vous. Ce personnage en colère est vraiment en colère. Peut-être le trouverez-vous grossier, exagéré, impoli? Continuez de l’observer. Et si un jugement sur lui apparaît, observez simplement qu’il y a une autre partie de vous qui juge. Vous n’êtes pas cette partie. Elle est là. C’est une partie de vous et non pas tout vous.

Voilà.

Y a-t-il autre chose en vous? Vous allez peut-être être maintenant capable de contacter autre chose. Une tristesse peut-être pour ces enfants?

D’accord. Observez cette tristesse. N’entrez pas dans la tristesse. Regardez-la. Et dites : « Il y a en moi une partie de moi qui est triste et une partie de moi qui est en colère. Elles ne sont pas tout moi. Ce ne sont que deux parties de moi. »

Et continuez d’observer.

C’est tout.

Vous allez remarquer que cette façon de faire ne vous coupe pas de vos émotions. Vous pouvez très bien sentir la colère, vous pouvez très bien sentir la tristesse. Mais ces émotions ne vous envahissent plus. Elles sont simplement là.

Être présent à soi, c’est ça.


Cette manière de procéder vient à la fois du bouddhisme et de la psychosynthèse, un courant de la psychologie datant du début du siècle et mis au point par Roberto Assagioli.

Bien sûr, la psychosynthèse est beaucoup plus que cela (le bouddhisme aussi) et si cela vous intéresse, un bon thérapeute formé en psychosynthèse pourrait vous faire aller beaucoup plus loin dans ce processus que l’on nomme désidentification et qui consiste essentiellement à ne pas se laisser submerger par une partie de soi qui prendra le contrôle de toute notre personnalité.

Mais déjà, si vous arrivez à observer les parties de vous qui sont présentes en vous et qui parfois même s’affrontent entre elles, vous avancerez beaucoup dans votre développement et arriverez à rester ouvert à beaucoup d’idées nouvelles.

« Et une fois qu’on a observé, on fait quoi? », me direz-vous.

Rien en fait.

On se contente d’observer.

Le développement est un processus lent et si l’on veut respecter notre rythme, on se contente d’observer.

Ces parties de soi-même vont évoluer. Vous allez assister à leur évolution.

Observez. Sans jugement. Ne faites qu’observer. Et vous verrez que votre vie va changer.

On peut appliquer cela à toute situation de la vie.

Vous êtes au restaurant avec un copain. Il dit ou fait quelque chose qui vous dérange. Soudain, vous êtes submergés par les émotions déclenchées par ce qu’il vient de faire ou dire. Ce n’est pas le temps de lui envoyer cette chose à la figure. Vous êtes submergés. Ça veut dire qu’une partie de vous vient de prendre le contrôle de vous-mêmes. C’est simplement le temps d’observer en vous ce « dérangement ». Que se passe-t-il? Quelle est cette partie de vous qui vient de réagir si fort qu’elle vous envahit complètement.

Dites-lui simplement : « Ce que tu viens de dire (ou de faire) me dérange beaucoup, mais je ne sais pas encore trop pourquoi.  J’ai besoin d’y penser et nous en reparlerons. »

Et observez…

Si cela est trop envahissant, vous aurez peut-être besoin de vous retrouver seul. Respectez ce besoin. Avec le temps, vous apprendrez à mettre cela de côté et à y revenir plus tard pour ne pas avoir besoin constamment de couper la relation.

Vous reviendra là-dessus avec lui plus tard. Pas maintenant.

Lorsque cette partie de vous aura repris sa place et qu’elle ne vous envahira plus.

Parce que ce n’est jamais une bonne idée de discuter quand on se sent envahi. Parce qu’on n’est plus complètement nous-mêmes. On n’est plus qu’un partie de soi-même.

Et c’est avec tout notre être qu’il faut entrer en relation.

Autrement, ce ne sont que les parties blessées de nous-mêmes qui entreront dans des relations où elles tenteront de réparer des blessures qui n’appartiennent pas à l’autre, faisant de nos relations, des relations toxiques, faites constamment de projections.

Observez…

Vous verrez, ça, ça change le monde.

Donner son coeur, son corps, son âme? Oui, mais pas à tout le monde.

Un jour, quelqu'un m'a dit: "Quand je reçois quelqu'un à souper, je sors tout: mes meilleures recettes, ma plus belle vaisselle, ma plus belle ambiance... Et si cette personne ne me rappelle pas, je la réinvite en ajoutant encore plus de tout, encore et encore."

Il croyait très sincèrement que si l'autre ne le rappelait pas, c'est qu'il n'en avait pas fait assez. Alors il en rajoutait. Plus et plus. Encore et encore. Et c'était la danse infernale du "je dois être mieux, je ne le suis pas encore assez".

En amour, il m'est arrivé aussi d'en déduire ça.

Je donnais, donnais, donnais... et ce n'était jamais assez, ce n'était jamais suffisant, ce n'était jamais ça, en tout cas pas tout à fait.

Et j'en déduisais alors que j'étais défectueux, que j'avais en moi quelque chose qui ne marchait pas, quelque chose qui devrait changer.

Et je n'arrivais pas à trouver ce que c'était.

Je donnais encore plus, et encore mille fois plus. Et ça ne marchait pas.

Puis un jour, j'ai fini par tout donner: mon coeur, mon corps, mon âme. Et ça n'a pas suffit.

Quand on donne son coeur, son corps, son âme, et qu'on en est certain, une évidence saute aux yeux. On ne peut pas donner plus.

J'ai alors commencé à me dire que ce n'est pas ce que je donnais qui ne suffisait pas mais que je ne le donnais simplement pas à la bonne personne. Je n'étais pas à la bonne place.

Puis un autre jour, alors que j'avais encore une fois tout donné à quelqu'un, celui-ci décida de remercier quelqu'un d'autre pour ce qu'il avait reçu de moi. Comme si les rôles avaient été chamboulés. Comme si le mérite ne revenait pas toujours à la bonne personne. Comme si la justice ne suivait pas son cours.

Et j'ai fini par comprendre. Enfin.

Définitivement, je n'étais pas au bon endroit.

Je n'étais pas avec les bonnes personnes.

Et je suis devenu seul.

J'ai expérimenté cette solitude dont on a tant peur parfois.

Et là, complètement seul, isolé même dans une foule, plongeant dans mon abysse intérieur, j'ai vu ce que j'offrais. Et c'était beau.

J'étais réconcilié avec moi.

Je n'étais pas défectueux.

J'étais moi, tout simplement.

Et si l'autre en face de moi ne voulait pas de moi, c'est que nous n'avions pas à être là, tous les deux.

On pourrait penser que je parle d'amour. Mais bien sûr. Mais l'amour au sens large. Celui qui anime les amants mais aussi les amis, les parents.

Et lentement, très lentement, j'ai vu des personnes approcher. Des personnes qui appréciaient ce que j'étais et ce que j'avais à donner.

C'est loin d'être fini. Car j'ai encore beaucoup d'espace dans ce vide créé.

Mais je n'accepte plus dans cet espace sacré que des gens qui apprécient ce que je suis comme je suis.

Et je donne toujours mon coeur, mon corps mon âme.

Mai un tout petit peu moins.

Et cette fois c'est assez.

Le reste vient en boni.

samedi 9 juillet 2011

L'amour va frapper fort.

Quand seulement quelques personnes de cette terre commenceront à ne regarder qu’eux-mêmes au lieu de juger les autres, l’amour va frapper fort.

Je n’ai pas de vision, pas de téléphone rouge, pas de contact direct avec le Créateur.

Je n’ai pas encore beaucoup avancé dans ma vie.

Mais à chaque fois que j’ai avancé, c’est parce que je regardais à l’intérieur de moi.

C’est parce que je parlais de moi aux autres et non pas d’eux.

C’est parce que, plutôt que de critiquer, je regardais en moi ce qui me dérangeait dans ce comportement-là.

Lorsque ma mère, après une agonie d’environ un an et demi, m’a dit, juste à la fin : je voulais vous écrire chacun une lettre, mais je n’en ai pas eu le temps. Sache pourtant que ça peut se résumer comme ça : l’amour c’est tout ce qui compte.

Elle avait raison.

Mais je n’étais pas prêt à l’accepter.

J’avais en moi une telle colère, une telle révolte, une telle haine, que je m’offusquais, je me fâchais, je pétais les plombs à propos de tout et de rien, pensant à chaque fois que cette colère était justifiée.

Je suis resté et je me suis fâché dans des relations que j’aurais dû quitter sereinement.

J’ai laissé libre cours à toute cette colère parce qu’il fallait qu’elle sorte.

Il fallait dénoncer.

Dénoncer les cons, les stupides, les pas d’allure de ce monde.

En tout cas, cette dénonciation me portait très fort.

J’avais même écrit un article intitulé l’homme en colère qui présumait que certaines personnes naissent porteuses de colère et qu’ils sont là pour faire changer les choses.

Je me sentais un dénonciateur de la connerie et un apôtre du bien.

Je me trompais.

J’ai alors regardé en moi.

Et quelle surprise : j’y ai trouvé le con, l’absurde, le stupide, le pas d’allure…

Tous enfouis en moi.

Très très loin en moi.

Et j’ai dû les regarder.

Regarder la partie de moi un peu conne qui fais des réflexions dignes des histoires de blondes.

Regarder la partie de moi absurde qui a de la difficulté à trouver un sens à quoi que ce soit.

Regarder la partie stupide qui aime les choses quétaines, les choses que les autres trouvent laides, les choses « niaiseuses ».

Regarder la partie « pas d’allure » qui est capable d’être n’importe quoi, vraiment…

J’ai découvert en moi un personnage pour chaque chose qui m’énervait et me mettait en colère.

J’ai découvert surtout que je les jugeais beaucoup.

Et puis j’ai appris, par la force des choses, à les aimer lentement, une à une. Vraiment très lentement.

Et j’ai senti ma colère fondre, euh, comment dit-on déjà? Comme neige au soleil, voilà!

Je me sentais trahi, je trahissais aussi.

Je me sentais abandonné, j’abandonnais aussi.

Je me sentais blessé, je blessais aussi.

C’est ça le miracle qui se produit quand on regarde son ombre : tout ça nous appartient.

Et c’est sans doute ce qui a inspiré Christiane Singer lorsqu’elle écrit :

Devant toute souffrance, toute violence, toute dégradation, monte la question harcelante: qu'y a-t-il en moi qui souffre, qui mord, qui frappe, qui tue, qui dégrade?


C’est en plongeant ainsi au cœur de notre être que l’on découvre soudain que plus on porte de colère, plus c’est sur nous que le travail doit être fait. Non pas dans la dénonciation, même de soi-même, mais dans la compassion. Pour soi d’abord, et ensuite pour les autres. L’inverse n’est pas possible parce que c’est en nous que se cachent  les racines de ce mal en même temps que la lumière à apporter au monde.

Si je n’entre pas dans la compassion par rapport à moi-même, je ne pourrai pas l’apporter à d’autres puisqu’elle ne sera pas à l’intérieur de moi.

Dans toute « relation », la « reliance » est justement de transmettre à l’autre un peu de soi-même. Comment pourrait-on d’ailleurs lui transmettre autre chose?

Il faut commencer par soi, affronter ses démons, puis découvrir la joie et non pas la colère.

Car la vision compatissante de ses démons amène une joie si grande que toute forme de colère disparaît.

Comme le dit Christiane Singer :

Seul celui qui a osé voir que l'enfer est en lui y découvrira le ciel enfoui.

Et si seulement un petit nombre d’entre nous découvrent leur ciel. Si seulement un petit nombre d’entre nous découvrent la joie.

Alors là, oui, l’amour va frapper fort.

Et qui sait, peut-être, transformer un bout de notre terre…

Et cela pour toujours.