Il était une fois le 28 novembre.
Il était une seule fois.
Cette fois de 2013, qui ne reviendrait jamais.
Parce que même si les jours et les mois reviennent, les années passent. Et ce jour de ce mois de cette année, ce jour-là, précisément, il ne revient pas. Jamais.
Et pourtant… Parfois, on a l’impression tout de même que tout se répète. Le jour de la marmotte à l’infini. Avec d’autres années. Les mêmes jours, éternellement. Les mêmes jours, pris dans une boucle de temps, comme si un mystère demandait à être résolu et qu’on n’y arrivait pas. Un mystère alchimique. Un mystère qu’il est chimérique de vouloir résoudre parce qu’il n’est simplement pas d’ici.
Il est de ces mystères qui ne trouvent pas résolution ici-bas.
Et en ce jour du 28 novembre 2013, il faisait froid. Gris. Sombre.
Il faisait triste. Comme presque tous les 28 novembre que Jacques avait connus.
Jacques, 60 ans, n’avait jamais aimé l’automne.
Aussi loin qu’il se souvienne, les rides, qui n’avaient alors pas encore gagné son visage, avaient déjà gagné son cœur.
Et pour se souvenir, il se souvenait.
Il se souvenait de toute sa vie. Avec chaque détail. Tous les détails. Trop de détails.
Il se souvenait avoir « hurlé » dans l’utérus de sa mère : « Non, je ne veux pas y aller. », et d’avoir entendu une voix traitreusement bienveillante lui souffler à l’oreille « Tu n’as plus le choix, il est trop tard pour changer d’idée. »
Merde! L’ultime mystère était là, irrésolu. Pourquoi? Pourquoi ne voulait-il pas y aller? Aller où? Pourquoi n’avait-il pas le choix? Ça le hantait. Tout le temps. Pourquoi?
Et ça, Jacques ne s’en souvenait pas… Pourtant il se souvenait de tout. Enfin de presque tout…
Il se souvenait de chaque fois qu’il avait espéré obtenir quelque chose. Ce quelque chose qui lui manquait et qu’il n’arrivait pas à décrire. Ce creux à l’estomac qu’il avait passé sa vie à tenter de combler sans succès. Comme s’il n’était pas complet.
Parce que Jacques s’était toujours senti seul. Même dans une immense foule. Même en couple, sauf parfois, pour de rares moments qui finissaient toujours par s’arrêter.
Et il lui semblait que s’il trouvait enfin cette chose, il ne serait plus jamais seul. Plus jamais. Et ce quelque chose, il l’attendait toujours. Une quête de soixante années. Comme ça avait été long. Et comme ça avait passé tellement vite en même temps.
Debout, devant la fenêtre du salon, en ce 28 novembre de l’ « année-deux-mille-toujours-la-même », Jacques contemplait ce gris triste d’un ciel gonflé à force d’avoir envie de pleurer. Il était seul. Comme toujours. Et il se souvenait.
Il se souvenait de ce sentiment de trahison éprouvé à deux ans lorsque son père avait déclaré ne pas vouloir porter plainte contre une gardienne soupçonnée d’abus avec des mots qu’il avait reçus de façon tellement personnelle : « ça ne vaut pas la peine ». Bien sûr que lui, du haut de ses deux ans, avait compris : « Jacques ne vaut pas la peine. »
Aujourd’hui, à 60 ans, Jacques pensait pourtant que ce n’était pas la première fois à l’époque qu’il avait ressenti cette traîtrise. Il lui semblait maintenant qu’elle venait de bien loin. Trop loin pour que ça soit réaliste. Mais cette impression était tenace. Comme s’il y avait eu une grande trahison initiale et incompréhensible. « Non, je ne veux pas y aller. » - « Tu n’as plus le choix, il est trop tard pour changer d’idée. »
Jacques se souvenait aussi de la banalisation de son père alors qu’ayant laissé la porte de la cage ouverte, son lapin bien-aimé s’était enfui. « Il a certainement été tué par un autre animal », avait déclaré son père froidement, sans pitié pour les sentiments que le petit cœur de Jacques éprouvait à cet instant. Il n’avait pas présenté d’excuses. Il n’en présentait jamais. Jacques une fois de plus, s’était senti trahi. Son père avait promis de prendre soin du lapin. Une promesse qui, devant l’absence de remords de son père, lui semblait maintenant destinée à être trahie.
Le lendemain et les jours qui avaient suivis, Jacques avait cherché son lapin. Partout où il pensait. Partout où il avait le droit d’aller.
Trahison…
Huit décembre… Même année, mais qu’importe l’année… Debout devant la fenêtre du salon, Jacques se sentait seul. Il avait neigé cette nuit. Enfin, le sol aigri par l’automne, le froid et la pluie, n’était plus qu’une immensité blanche, immaculée. C’était plus lumineux. Jacques aurait dû se sentir mieux. Et c’était le cas… un peu. Il contemplait pourtant le ciel, toujours de ce gris terne et moche. D’une tristesse à mourir. Il contemplait sa vie. Sa vie comme le ciel. Et il se souvenait.
Comme on en a des souvenirs à 60 ans. Et comme on voudrait, parfois, les avoir oubliés.
Jacques ferma les yeux. Il souhaita un instant ne jamais se rappeler. Peine perdue… Jacques se souvenait.
Il se souvenait de sa première année. Il avait six ans.
À six ans, Jacques croyait beaucoup au père Noël. Et le père Noël était en difficulté. À la télé dont chacun sait qu’elle présente la vérité, en tout cas à six ans, le père Noël venait en sous-marin du pôle nord… Et là, le sous-marin était brisé.
Jacques avait alerté sa mère, anxieux comme à six ans on peut l’être quand le père Noël est en danger. Mais sa mère n’avait pas sourcillé. Pas une seconde. « Bah, ça va bien aller, le père Noël s’en sort toujours », avait-elle dit avec un calme déconcertant.
Pour la première fois, Jacques avait eu un doute. Et si le père Noël n’existait pas?
Il avait conçu un plan machiavélique : vérifier la chose… Et Jacques avait fouillé la maison. Il avait trouvé des cadeaux, planqués sur la tablette de la garde-robe de sa mère. Il avait attendu à Noël afin de vérifier. Lorsqu’à son grand désarroi il avait reçu « du père Noël » ce qu’il avait vu dans la chambre de sa mère, il était allé la trouver. Seul avec elle, il lui avait dit : « Maman, si c’est pas vrai, le père Noël, j’aime mieux le savoir. » Et sa mère lui avait menti : « Mais bien-sûr que c’est vrai, voyons. » Il avait demandé, comme pour lui donner une deuxième chance : « Tu me le jures? » et sa mère avait répondu : « Oui, je te le jure! »
Cette année-là, Jacques avait reçu en cadeau la conviction qu’il ne faut jamais croire les adultes. Même pas ses parents. Et depuis ce temps, Jacques n’aimait pas Noël.
Trahison.
Il se souvenait aussi de sa deuxième année. Il avait 7 ans. Malgré cette dure leçon qu’on ne pouvait faire confiance aux adultes, Jacques espérait toujours. C’était des religieuses et le prêtre de la paroisse qui lui avaient expliqué que le petit Jésus était présent dans l’hostie. Et Jacques s’était dit qu’on pouvait sûrement faire confiance à ceux qui, dans la tête de Jacques, étaient le plus près de Dieu.
Jacques s’appliquait donc à faire comme on lui avait dit : ne pas croquer l’hostie. C’était péché. Car c’était un manque de respect pour le petit Jésus qu’il touche nos dents. Dans la tête de Jacques, c’était comme vouloir mordre le petit Jésus. Et bien sûr, ça ne se faisait pas.
Dans une pirouette savante de la langue, Jacques la collait donc au palais pour ensuite la décoller tout doucement, lentement, par petits morceaux, afin de l’avaler sans qu’elle n’ait touché une seule seconde à ses dents. Jacques réussissait bien. Il était content. Mais le jour de la première communion approchait et Jacques était très anxieux. Et s’il n’y arrivait pas? Si un fragment perdu venait à toucher à ses dents? Quelle horreur.
Nerveux, il entra à l’église et suivit patiemment la messe. Le moment arrivait… Le prêtre allait communier, puis ce serait à son tour. Il ne fallait pas que… quoi? Qu’avait-il vu? Voilà que le prêtre, au moment de la communion, mâchait allègrement l’hostie sans que ça ait l’air de poser de problème à personne. Jacques se sentit indigné. Ou bien le prêtre ne savait pas, ou bien on lui avait menti. Dans son esprit, il n’y a avait que ces deux seules explications. Mais il ne pouvait y penser davantage. C’était à son tour. Complètement décontenancé de ce qu’il venait de voir, Jacques ne savait plus que faire. Suspendu mentalement dans un vide intérieur que nul ne pouvait soupçonner, il opta pour la première option, histoire de ne pas prendre de chance et s’appliqua à communier comme on le lui avait montré. Sauf que ce matin-là, Jacques alla voir le prêtre après la messe et ne manqua pas de lui mentionner avec tout sa naïveté, son élan religieux et une foi qui s’accroche : « Monsieur l’abbé, savez-vous que vous faites un gros péché en croquant l’hostie, comme ça? ». Mais monsieur l’abbé avait ri. De bon cœur. Un rire qui, pour Jacques, était un peu ridiculisant. Comme s’il venait de dire une connerie. Et l’abbé avait répondu : « Pour nous, c’est pas pareil. On a le droit. L’hostie est trop grosse. »
Jacques était ressorti de là dans tous ses états. Aucunement convaincu de la réponse du prêtre, il se disait que si la raison en était qu’elle était trop grosse alors qu’elle ne devait pas toucher aux dents, ils auraient pu penser à la faire plus petite. Et ce jour-là, Jacques se dit intérieurement : « Il ne faut pas faire confiance aux prêtres non plus. Ils mentent eux aussi. »
Trahison.
Ce jour-là, Jacques se sentit infiniment seul. Et le monde entier lui apparut dangereux.
Et ce jour-là, Jacques, malgré un besoin intérieur si fort de croire en quelque chose, cessa de croire en tout. La foi avait disparu. Il ne restait que l’espérance. L’espérance de trouver un jour ce quelque chose qui lui manquait, créant un vide qu’il avait toujours senti et lui faisait de plus en plus mal.
C’était l’automne. Jacques n’aimerait plus l’automne.
Cette année-là, ce fut aussi Noël. Mais la magie n’était plus qu’espérée. Il n’y avait pas de père Noël, les parents étaient des menteurs, les curés aussi, quand à la naissance de Jésus, était-ce vrai? Ce Noël-là, Jacques reçut ses cadeaux tout de même avec beaucoup de plaisir. Mais il lui semblait qu’il en manquait un. Il manquait quelque chose. Mais il ne savait pas quoi. Et cette impression de manque ne devait plus jamais le quitter de sa vie.
Cette année-là, Jacques se confirma à lui-même qu’il n’aimait vraiment pas Noël.
Jacques était assis, seul dans son salon. Son esprit était revenu en 2013. Il avait toujours soixante ans, il se sentait toujours aussi vide. Un vide qui n’était plus que souffrance diffuse et fatigue accumulée. À force d’habitude, ce qui fait mal fait toujours moins mal. En ce 14 décembre, alors que Noël approchait, Jacques, pour la première fois, n’aurait pas à faire semblant. Car personne ne viendrait cette année. Ses enfants étaient tous pris ailleurs et avaient annoncé qu’ils se verraient au jour de l’an. Il n’avait plus de compagne depuis déjà quelques années. Et il avait résolu qu’il se coucherait tôt et ferait de cette journée, autant que faire se peut, une journée presque normale. Une journée dont on attend qu’elle passe puisque tout le monde est occupé à être plein d’amour, de famille et de cadeaux alors que Jacques, même s’il avait reçu plein d’amour, de famille et de cadeaux, se serait tout de même senti vide.
Et c’est dans ce vide, qu’il se souvenait encore.
Il se souvenait de chaque fois que sa mère lui avait dit quoi faire parce qu’il s’emmerdait tout seul.
« Va jouer avec tes amis! » Il avait 10 ans.
Et Jacques sortait et allait jouer. Et il espérait que ce serait cette fois-là qu’il se sentirait plein. Mais il s’emmerdait avec les amis.
Oh, pas que ses amis n’étaient pas gentils. Pour ça, ils l’étaient. Mais Jacques n’avait pas l’impression d’être au bon endroit. Jamais. Et il faut bien le dire, c’est une chose qui ne parait pas. Le sentiment que l’on éprouve d’être étranger partout, de n’être le bienvenu nulle part, d’avoir été catapulté tout de go dans un univers étranger. C’est un état d’être. Ce n’est pas une réalité observable. Et personne ne sait la souffrance que ça implique.
« Non, je ne veux pas y aller. » - « Tu n’as plus le choix, il est trop tard pour changer d’idée. »
Ce sentiment n’était pas explicable. Surtout pas à dix ans, alors qu’on ne trouve aucun mot qui décrive cet état. Pas à dix ans alors qu’on ne sait que dire ce qui ne va pas sans pouvoir dire pourquoi et sans nommer de surcroit ce dont on a besoin. Pas à dix ans où c’est aux autres qu’on appelle parents à indiquer à l’enfant ce qu’il lui faut et lui apprendre comment l’obtenir. Et ses parents croyaient que Jacques ne jouait pas assez avec ses amis : « Va jouer avec tes amis! » Et Jacques sortait s’emmerder avec ses amis… tout en espérant, chevalier de l'espérance, que cette fois-ci, ça ne soit pas le cas.
Une fois, Jacques avait eu la surprise que sa mère lui organise une journée d’anniversaire. C’était censé être le plus beau jour de sa vie. Plein d’amis. Plein de cadeaux. Jacques attendait cet événement avec beaucoup d’espérance dans le cœur. Encore une fois.
Peine perdue. Tout s’était bien passé. Tout était parfait. Pourtant, après un certain temps, le temps de réaliser peut-être que ça n’arriverait pas, Jacques avait eu hâte qu’ils partent.
Peine perdue. Tout s’était bien passé. Tout était parfait. Pourtant, après un certain temps, le temps de réaliser peut-être que ça n’arriverait pas, Jacques avait eu hâte qu’ils partent.
Et il était resté seul avec une solitude qu’il ne pouvait pas expliquer. Une solitude vivante, même quand il n’était pas tout seul. S’il avait pu décrire ce qu’il ressentait, il aurait dit qu’il avait un trou intérieur plus grand que son âme. Un trou qui ne venait pas d’ici. « Non, je ne veux pas y aller. » - « Tu n’as plus le choix, il est trop tard pour changer d’idée. »
Mais il avait dix ans. Il ne le pouvait pas expliquer.
Jacques était toujours assis dans son salon. Mais on était maintenant le 20 décembre. Comme le temps passait vite. Que s’était-il passé entre le 14 et le 20? Six jours à travailler, à réfléchir, à se perdre dans ses pensées… Comme jamais auparavant, Jacques avait besoin de rappeler à lui l’ensemble de sa vie. Il s’en étonna un instant puis reprit le cours de ses rêveries.
Le temps s’accélérait. Il n’avait plus dix ans. Il avait fini son primaire sans jamais avoir réussi à être élu président de sa classe. C’était Sylvain, le premier de classe qui l’avait toujours été. Ce Sylvain à qui il était constamment comparé chez lui au point où il en venait à penser que ses parents auraient voulu que Sylvain soit leur fils. Trahison fatale. Rejet ultime. Il n’avait jamais réussi à le battre, ne serait-ce qu’une seule fois. Ce Sylvain qui représentait ce qu’il aurait toujours voulu être pour faire plaisir à ses parents, pour effacer cette impression de honte. Humilié de la défaite des élections de classe, Jacques s’était proclamé chef de l’opposition. Une mauvaise blague qui le prit à son propre jeu. Comme personne n’était fiable dans le monde, comme personne ne voulait de lui non plus, ou ne faisait attention à lui, il allait se démarquer en contestant. Jacques, dans ce rôle, se sentait toujours seul, vide et maintenant effrayé. Effrayé par le risque de rejet que représentait cette position. Mais mieux valait risquer le rejet que l’invisibilité. Au moins, dans le rejet, on existait. Pas dans l’invisibilité.
C’était l’automne. Comme Jacques n’aimait pas l’automne!
Le temps s’accéléra encore.
Jacques se souvenait de son secondaire, de la musique, des amis, de s’être toujours senti vide, seul et effrayé, des automnes tristes, des Noël dans l’attente qu’il se passe quelque chose qui n’arrivait jamais.
Et puis il se souvint de la fille avec qui il avait dansé sur Hey Jude et qui ressemblait à Françoise Hardy. Sept minutes où s’était arrêté le temps. Sept minutes pendant lesquelles, parfois, collé à elle, il avait senti son vide rétrécir. À chaque fois qu’elle répondait à la pression de sa main dans son dos, à chaque fois qu’un mouvement les collait un peu plus l’un contre l’autre, le vide se contractait, rétrécissait. C’était une sorte de bonheur. C’était inconnu. C’était sublime. C’était presque… traumatisant.
Jacques n’avait pas été plus loin. Il n’avait pas tenté de l’embrasser. Ici, pas question de risquer un rejet. Dans ce cas précis, mieux valait en rester là en se disant qu’elle le voulait.
Mais Jacques, ce soir-là, décida que son vide ne pouvait être rempli que par son âme sœur. Et il se mit à sa recherche. Il allait y passer les prochains 44 ans.
Jacques fit une pause de réflexion, toujours assis dans son salon, et prit soudain conscience de l’ampleur des répercussions d’une décision qu’on prend à 16 ans. Elle remplit toute notre vie, nous envahit, nous obsède, nous dicte nos actions souvent pour le reste de notre vie. Son visage eut cette sorte de sourire inversé qui manifeste qu’on trouve ça dommage. Et s’il s’était trahi lui-même?
Le temps fit un bon. De mai il avança à l’été. L’été de ’69. L’été des hommes sur la lune. L’été de Woodstock, le vrai. L’été des filles. Mais l’été de Robert G. Malheureusement. Un autre Sylvain dans la vie de Jacques. Un Sylvain de la séduction.
C’était dans une colonie de vacances. Jacques et Robert G. y étaient moniteurs. Robert G. était beau, enfin, se trouvait beau. Jacques se trouvait laid. Quand on a 16 ans, dans une colonie de vacances, la moitié de notre temps est occupé à prendre soin des enfants. L’autre moitié à regarder les filles. Et quand on se trouve laid, les filles, on hésite pas mal à les approcher. Et des filles, il y en avait deux très différentes dans ce camp. Deux monitrices un peu spéciales. Il y avait Diana, la belle et grande Diana. Et il y avait Suzanne. Jolie mais qu’on ne remarque pas. Évidemment, Jacques et Robert G. avaient immédiatement vu Diana. Et tous les deux désiraient profondément sortir avec Diana… Malheur. Jacques n’avait pas fait le poids. Le lendemain, Robert G. annonçait que lui et Diana étaient ensembles. Alors que Jacques n’en était encore, réfugié dans sa terreur de rejet, à la reconnaissance des lieux, Robert G., stratège aguerri lui avait coupé l’herbe sous le pied et sortait maintenant avec la plus belle fille du camp. Comme Jacques était l’ami de Robert G., il reçut une photo. Une photo de Diana au dos de laquelle était marqué : DiDi xx. Deux baisers virtuels, imprimés sur une petite photo. Un univers inaccessible. Robert G. savait qu’il s’intéressait à Diana. Ce n’était pas une trahison. Ils s’étaient dits : « que le meilleur gagne ». Et bien évidemment, le meilleur, ça n’avait pas été Jacques.
Et Jacques avait appris, ce jour-là, qu’il était celui qu’on ne choisit pas.
Assis dans son salon de 2013, Jacques se prit à faire un vœu. Un vœu inaccessible. Un vœu impossible. Mais c’était plus fort que lui. Le vœu que Diana apprenne un jour, où qu’elle soit dans le monde, que Robert G. ne pensait plus à elle, 44 ans plus tard, mais que lui, Jacques le fidèle, avait gardé sa photo, précieusement, intacte, même pas jaunie ni racornie… et qu’il la trouvait encore belle. Parce que Jacques, lui, ne trahissait jamais… Enfin… autant que faire se peut…
Deux mois défilèrent d’une traite dans la tête de Jacques. Il avait toujours 16 ans.
On était en septembre.
À l’automne.
C’était la première fois. La première fois de toutes. Le premier baiser, la première senteur de parfum, la première texture de peau douce, la première langue dans sa bouche. Un délice. Une langue de velours. Le premier éveil de la sensualité : Françoise.
Jacques se souvenait de tout. Il se souvenait par-dessus tout de ce désir inconnu jusque-là qui avait monté en lui. Étrange, apeurant, envoûtant… Tellement envoûtant. Assez en tout cas pour que, pendant trois semaines, il oublie qu’il s’emmerdait. Le vide avait disparu. Bienheureuse fusion amoureuse de l’adolescence. Il avait même pensé en son for intérieur : « Voilà. C’est elle qui me manquait. » Et Jacques en avait conclu que ce qu’il cherchait en vain depuis qu’il était né était cette Françoise qui l’embrassait si bien. Il lui avait même dit : « Je t’aime Françoise. Je t’attendais depuis si longtemps. »
Puis le verdict était tombé. Elle avait eu une mononucléose. Elle était encore contagieuse. Elle le savait. Elle ne lui avait pas dit.
Jacques était malade. Il avait certes cette mononucléose en arrière-goût du paradis vécu, mais il avait aussi un sentiment étrange de trahison à la fois amer et trop bien connu. Un sentiment plus gros que nature. Plus envahissant qu’un cancer. Et Jacques avait quitté Françoise. Elle avait pleuré. Lui non. Ce n’était pas ce qu’il cherchait. Mais il restait là, tout seul, encore convaincu qu’il lui manquait quelque chose, avec en plus ce désir nouveau qu’il ne connaissait pas auparavant, le désir d’un homme pour une femme. Et il recommença à s’emmerder. Le vide était revenu. Plus gros. C’était en octobre. C’était l’automne.
Jacques n’aimait pas l’automne.
Près de deux mois passèrent en trombe dans son esprit. Deux mois au cours desquels il se consola de Françoise. À 16 ans, ça ne prend pas un an à se consoler de quelqu’un. Le temps passe moins vite et deux mois, c’est très long.
Il se retrouva tout d’un coup le 29 novembre. Il avait toujours 16 ans. Et comme toujours, il se souvenait de tout. C’était un samedi. Un samedi de novembre où, pour une fois, Jacques ne pensait plus qu’il n’aimait pas l’automne. Ce soir-là, il avait rendez-vous avec Marie, dans une boîte à chanson. C’était l’époque des boîtes à chansons. Pierre Létourneau donnait un spectacle. Décidément, Jacques se souvenait de tout. Marie avait ses longs cheveux noirs, avait l’air d’une gitane. Elle représentait pour Jacques la beauté mystérieuse d’une déesse. Pour un temps, Jacques ne sentait plus son vide. Marie était sublime. Un superbe chemisier vert, des anneaux aux oreilles si grands qu’on avait l’impression qu’elle avait utilisé deux de ses nombreux bracelets pour les fixer à ses oreilles. C’était leur première sortie. Doucement, au fil des chansons, Jacques avait approché son bras de celui de Marie, puis sa main… Doucement, il l’avait pris sa main dans la sienne.
Cette année-là, la seule de toute sa vie, Jacques avait aimé Noël.
Plus aucun vide au cœur, Jacques jubilait. Il jubila six mois avant que le vide ne reprenne ses droits.
Pendant ces six mois, Marie et Jacques avaient été beaucoup unis par la musique. Ils faisaient des spectacles, chantaient des mariages. Une fois, Jacques avait pu se projeter durant un mariage comme si c’était Marie et lui qui étaient les mariés. Comme s’il se sentait rendu au moment de s’engager. Leur entente était parfaite. Il avait enfin trouvé.
Puis il y avait eu ce mariage… Ce dernier mariage de l’été après lequel la mariée était venue le voir personnellement pour le payer et… l’avait embrassé, pour le remercier, en lui glissant la langue dans sa bouche. La mariée! Comment avait-elle pu? Honteux et excité à la fois, il n’avait pas voulu trop en parler. Mais cela avait ramené en lui le désir sauvage qu’il avait expérimenté avec Françoise et qui, jusque-là, était resté en dormance. Ça avait aussi ramené le vide en lui. Et dès lors, Marie commença à perdre de son attrait. Il regardait de plus en plus les autres filles. Surtout une, Alexandra, qui le fascinait de plus en plus. Il rompit avec Marie, lui brisa le cœur, alla vers Alexandra qui ne combla jamais aucun vide, même pas cinq minutes, retourna vers Marie qui ne voulait plus de lui, tenta tout pour la ramener, pensant qu’elle était la seule à pouvoir remplir son vide, réussit à la ramener en défonçant toutes ses limites, constata que le vide restait et la quitta de nouveau, lui brisant le cœur une deuxième fois, une fois de trop, ultime trahison. Il était passé de trahi à traître. En à peine deux mois. Il avait 17 ans. Tellement gêné de ce qu’il avait fait, Jacques fuit. Ce n'est que 40 ans plus tard, faisant la paix avec lui-même, qu'il pourra rassembler tout son courage et lui écrire sa lettre d’excuses et sa demande de pardon. Une lettre qu'elle-même n'attendait plus depuis longtemps.
Noël, cette année-là, avait un goût amer, un arrière-goût de culpabilité. Et Jacques se dit que vraiment, il n’aimait pas Noël.
Puis il y avait eu Line. Line la charmante tranquille qui représentait pourtant le défendu, l’extrême, la passion sauvage. Avec elle, le vide était encore plus grand qu’avec les autres. Jacques, pour la première fois, expérimentait une jalousie maladive en même temps qu’une passion torride. On était en janvier. Durant dix mois, Jacques avait été harcelant, passionné autant que violent – verbalement s’entend -, jaloux. Il l’avait fait pleurer souvent. Mais Jacques n’arrivait pas à croire qu’elle l’aimait. Elle ne lui disait pas, était indépendante, semblait souvent distante. Ça le rendait fou. Tellement fou qu’un jour de novembre, alors qu’il venait de lui acheter son cadeau de Noël, elle l’avait laissé. Comme ça. Sans autre explication qu’elle avait besoin d’une distance. Mais l’explication, Jacques la connaissait bien. Il avait été fou. Il l’avait perdue. Il ne pouvait que s’en prendre à lui-même. Et cette année-là, à Noël, Jacques se sentit plus seul que jamais. Plus vide qu’auparavant. Avec l’estime en moins.
Pour Jacques, la magie de Noël, c’était de ne pas être reçu, compris, choisi. La magie de Noël, c’était une magie noire, une magie destructrice. La naissance du Sauveur marquait sa perte à lui. Et Jacques décida qu’au final, il n’aimerait jamais plus Noël. Et il tint sa promesse.
Assis dans son salon, en ce jour du 23 décembre 2013, Jacques réfléchissait à cette partie de sa vie. Il se disait qu’avec le recul, il avait dû faire une dépression puisque pendant près de quatre ans, par la suite, il n’eut plus que des fréquentations sans importance. Mais personne ne s’en était rendu compte, car Jacques, lorsqu’il n’allait pas, passait inaperçu. Il ne criait pas, ne réclamait rien, alors on ne lui donnait pas grand-chose. Jacques sourit. C’était vraiment sa vie de rester invisible à moins de crier fort. Mais ce qui faisait aussi sourire Jacques en cet instant, c’était que si on s’avisait de poser la question aux gens, ils répondraient pour sûr qu’il prenait beaucoup de place et que jamais, il n'avait été invisible. C’était impossible. Il se souvenait pourtant de réunions où il avait pris la parole pour dire posément des choses très sensés et où on avait passé sur son opinion comme si elle n’avait pas été formulée. Il se souvenait de soirées où on ne se rendait compte de sa présence que vers la fin. Car si les gens ne le remarquaient pas, lui, par contre, se sentait alors encore plus seul, plus vide, plus isolé. Et lui, il s’en souvenait.
Il ferma les yeux un instant. Des images réapparurent. Et Jacques se souvenait toujours. Comme si c’était hier. Comme si ça venait d’arriver. Comme si c’était toujours là.
Plusieurs années plus tard, Jacques avait rencontré Denise. Sa chère Denise. Une petite fleur fragile, constamment dans le déni d’elle-même. Elle l’écoutait, elle l’aimait. Trop. Elle l’idolâtrait. Jacques avait embarqué, rassuré de sentir ça. Mais le vide était là. Régulièrement il se sentait attiré par d’autres. Régulièrement, il se demandait s’il l’aimait assez. Mais la pression familiale, les valeurs religieuses, tout le fatras dont il aurait fallu qu’il se débarrasse avant l’avait empêché de mettre fin à cette relation avant l’engagement final.
Jacques avait acheté l’idée que le vide se comble de lui-même avec le temps et une vie religieuse. Et Jacques s’en souvenait, il s’était précipité au cours des dernières quatre années, dans la religion et les prières. Il s’était dit ou plutôt on lui avait dit que ce vide intérieur, c’était à Dieu de le combler. Il avait donc décidé de l’ignorer et de croire plutôt qu’il allait se combler un jour.
Chaque jour qui passait, il demandait d’aimer un peu plus Denise. Chaque jour qui passait, il arrivait pour un temps à si bien cacher son vide qu’il ne le sentait presque plus.
Mais à chaque Noël, il revenait. À chaque Noël, il manquait cruellement quelque chose. À chaque Noël, Jacques se sentait seul.
Mais il n’en parlait pas. Il avait trop peur que ça blesse les gens autour de lui qui auraient pu penser qu’ils ne lui suffisaient pas. Mais ça n’était pas de leur faute. Le vide était à l’intérieur. Implacable.
Et à chaque Noël, n’arrivant pas assez à camoufler ce vide, quelqu’un, immanquablement, lui demandait si ça allait.
Et Jacques mentait. « Oui, oui, j’étais dans la lune. » Alors qu’il aurait dû hurler « Non, ça ne va pas, je ne suis pas heureux. Je n’y arrive pas. Il me manque quelque chose qui n’a rien à voir avec vous. Mais je ne suis pas heureux. » Et il priait encore plus pour aimer plus sa femme, ses enfants, les gens autour de lui. Car Jacques s’était vendu l’idée que son problème était de ne pas assez aimer alors que ça n’avait rien à voir.
Et à chaque Noël, Jacques pensait qu’il n’aimait pas assez.
Mais c’est Noël que Jacques n’aimait pas. Parce qu’il fallait faire semblant, parce qu’il fallait prendre toute son énergie pour ne pas hurler de douleur. Parce que personne ne comprendrait. Parce que c’était lui, au fond, qui était défectueux. Du moins c’est ce qu’il pensait.
Il le pensait tellement qu’il était entré dans une démarche de psychothérapie. Durant de très longues années, il avait appris, à l’aide de cette fameuse thérapeute, à contenir tout ce qui n’allait pas, à le rationnaliser, à le refouler. Il avait appris à être bien, un peu, à ne pas tenir compte de son vide chronique dont on lui avait dit que c’était « un caprice », allez-savoir pourquoi, et à agir comme on agit en douleur chronique. C’est là, mais on n’y porte pas attention. « Contentez-vous de ce que vous avez », avait dit la thérapeute en mettant fin à la thérapie parce qu’elle jugeait que c’était terminé!
Et pendant quelques années, ça avait presque marché. Jacques n’était pas heureux, mais arrivait presque à l’oublier.
Puis ce fut le crash. Jacques avait 40 ans. C’était l’automne. On était en novembre. Ce novembre de 1993. Depuis quelques semaines, Jacques n’arrivait plus à oublier comme il l’avait fait si souvent auparavant. Il était obsédé par l’idée de partir, de se retrouver seul, de ne plus faire semblant. Seul avec sa solitude, son vide, son grand vide, son immense vide qui avait grandi à son insu depuis quelques années et qui l’envahissait maintenant de toutes parts. Il voulait hurler, mais ne le pouvait pas. Il voulait pleurer mais n’en était plus capable. Tout ce qui lui restait maintenant était la colère. La colère contre cette vie d’arnaque qui promet d’être heureux alors que ce n’est pas vrai.
Puis ce fut Noël. Un Noël pire que les autres. Un Noël à faire encore plus semblant qu’auparavant. Un Noël célébrant une naissance au goût de mort-vivant. Jacques en était à imaginer qu’une maladie devrait venir le délivrer de cette vie misérable. Une vie pourtant où, de l’avis de chacun, il avait tout pour être heureux. Et c’était vrai. De magnifiques enfants, une femme qui continuait, malgré ses folies, à l’idolâtrer. Il avait tout, mais il n’en pouvait plus.
Après Noël, Jacques s’enfuit. C’était pour lui une question de vie ou de mort. Il se prit un petit appartement et là, tout seul, il put se reposer. Toujours aux prises avec ce vide immense, il n’était pas plus heureux. Bien moins heureux en fait puisque pour sauver sa vie, il venait d’en briser cinq autres. Et il s’en voulait terriblement. Pourquoi avait-il fait ça? Il avait fui. Il avait fui devant 17 ans d’essais non réussis. Il avait fui pour ne pas mourir. Il avait fui l’angoisse de continuer à faire semblant. Mais il avait marqué pour toujours la vie de cinq autres personnes. Et ça, il le porterait pour le reste de sa vie. Mais il devait continuer sa quête. Il devait tenter de remplir ce vide immense. Il devait au moins essayer. Il se le devait à lui. Au moins à lui. Il n’était pas plus heureux, mais n’avait plus l’angoisse. Au moins, c’était vivable. Et Jacques se souvint de ce soir de ses 16 ans où il s’était dit : « je dois chercher mon âme sœur ».
Quelques mois plus tard, il rencontra Mélissa. Une femme beaucoup plus jeune qui ne savait aimer qu’à temps partiel. Une histoire qui aurait dû se terminer le jour où elle avait commencé. Mais Jacques était à bout. Son vide était trop gros. Il accepta le temps partiel proposé. C’était mieux que rien se disait-il et s’y jeta à corps perdu. D’autant plus que ce temps partiel était intense. Pendant toute une journée, Mélissa savait très bien remplir le vide. Elle était fusionnelle. C’était bon. Elle emmenait Jacques au paradis. Puis, le jour d’après, c’était l’enfer. Sans qu’on sache pourquoi, sans qu’on puisse comprendre, tout à coup, elle défusionnait. Elle n’était plus là, laissant le vide de Jacques dans un état de détresse totale. Puis elle revenait. Aussi fusionnelle qu’avant.
Il lui donna tout : son amour, sa vie, le reste de sa jeunesse. Tout. Et il s’accrocha. Pendant sept ou huit ans, il s’accrocha à cette relation vacillante qui le ramenait constamment dans son vide. Cette fois, il avait juré d’aimer pour toujours. Cette fois, Jacques pensait qu’il allait réussir. Il s’était convaincu qu’elle était son âme-sœur.
En même temps, Jacques avait rencontré un thérapeute que les gens qualifiaient de génial. Ovide était de ces psys originaux qui cachent leur narcissisme inconscient mais immense derrière une apparente préoccupation pour l’autre. On y croit. On le vante. On l’encense. Et ce faisant, on alimente naïvement son narcissisme caché. Il affichait un air comme s’il comprenait tout. Et Jacques, après une cinquantaine d'années d’incompréhension, en avait un tel besoin qu’il tomba dans le piège.
Ovide avait l’habitude de dire que lorsqu’on naît, une partie de soi nous quitte. Elle ne fait plus partie de notre dimension. On passe alors le reste de notre vie à s’en ennuyer, à la chercher, ce qui nous amène à toujours vouloir se développer. Jacques était émerveillé. Elle était là, l’explication de son vide. Il lui manquait une partie de lui-même. Les mots soudain se mettaient en place : il était dépendant affectif, cherchait dans les autres ce qu’il aurait dû trouver en lui. Ovide, dans son analyse de structure de personnalité, avait achevé de le convaincre de cette étiquette : oral-dépendant. Voilà ce qu’il était. Ovide nommait cela : « aimant », ce qui convenait bien à Jacques puisque nommé comme ça, ça n’avait plus l’air d’une maladie.
Et Jacques entreprit alors la thérapie de sa vie. Pendant plus de cinq ans, il se battit pour retrouver cette partie de lui-même, pour cesser de demander à Mélissa ce qu’il n’arrivait pas à trouver en lui-même.
Il était presqu’arrivé à refouler son vide, une fois de plus, lorsque Louise débarqua dans sa vie. L’énigmatique Louise, d’une autre culture, parlait de fusion… et fusionnait. Elle n’était pas jolie. Elle n’était pas attirante. Mais elle remplissait le vide. Elle le remplissait d’une façon telle que plus rien ne comptait. Jacques perdait ses moyens. Jacques en redemandait. Et il perdit presque la tête.
Presque est le mot juste parce que plutôt que d’embarquer à corps perdu dans cette relation qui semblait pourtant celle qu’il avait cherché depuis toujours, Jacques, dans un ultime acte de conscience, avait demandé d’attendre. Il hésitait. Il ne savait pas. Il se sentait lié à Mélissa par ce serment intérieur, cet engagement de l’âme de l’aimer toujours, peu importe. Il lui semblait, malgré ce vide incessant dans sa vie, qu’il se devait, pour une fois, d’être fidèle à son serment.
Il amena ce problème en thérapie. Il essaya avec Mélissa de réparer les choses, d’arranger une relation potable. Mais Mélissa, souffrante, ne faisait que toujours plus de ce qu’elle savait faire. Donner intensément, puis reprendre tout aussi intensément.
Un soir, dans son salon, Jacques pria. Il pria pour la première fois depuis des années. Il demanda de l’aide. Il était écartelé. Céder à la fusionnelle Louise qui lui promettait tout ou honorer son amour pour Mélissa. Il eut l’impression de recevoir une réponse. Il était clair pour lui que sa place était dans son engagement premier. Il alla voir Mélissa. Il lui dit qu’il la choisissait. Dans un élan de transparence héroïque, il l’informa qu’il allait devoir se « désintoxiquer » de Louise, que ça prendrait du temps, mais qu’il resterait. Pour toujours. C’était héroïque. C’était vrai. C’était un élan d’amour pur. Lui qui n’avait quasiment jamais été choisi l’avait choisie. C’était le plus grand cadeau qu’il pouvait offrir à quelqu’un. C’était son âme sur un plateau.
Et Mélissa la refusa. C’était trop tard, disait-elle. Depuis quelques jours déjà, elle avait décidé de passer à autre chose et avait simplement omis de l’en aviser.
Décontenancé, toujours convaincu qu’il était dépendant affectif grave, Jacques, la mort dans l’âme, avait rappelé Louise. Pas question de tout perdre. Il fallait sauver quelque chose.
Et il donna tout. Une fois de plus. Une fois de plus pour rien. Le vide s’aggravait. Louise, une fois installée chez lui avait défusionné. Il ne restait qu’un vide permanent que Jacques essayait de combler en mettant toujours plus de lui-même dans une relation à deux où il aurait fallu que chacun mette du sien.
Louise était de celles qui ne partent pas lorsque c’est fini. Elles cherchent un remplaçant tout en le niant. Elle était ce genre de femmes qui continuent de dire qu’elles aiment alors que ce n’est plus le cas, jusqu’à ce qu’elles aient trouvé un nouveau sujet de fusion. Et c’est alors de façon implacable qu’elles partent, sans demander leur reste, laissant la maison saccagée, l’âme détruite, la porte ouverte, l’amant en lambeaux.
Il l'avait rappelée, dans un élan de désespoir. Et Jacques se souvenait encore de sa réponse, froide, définitive: « Ce n'est pas parce que tu souffres le martyre qu'il faut que je souffre moi aussi. »
Il l'avait rappelée, dans un élan de désespoir. Et Jacques se souvenait encore de sa réponse, froide, définitive: « Ce n'est pas parce que tu souffres le martyre qu'il faut que je souffre moi aussi. »
Jacques, pour la première fois de sa vie, eut recours aux anti-dépresseurs. Jacques, pour la première fois de sa vie, envisagea, sur la route, le camion qui venait en sens inverse comme la solution à ses problèmes. Jacques, pour la première fois de sa vie, eut froid par trente degrés malgré le manteau d’hiver qu’il portait.
Le vide était là. C’était l’été.
Et Jacques, pour la première fois de sa vie, pensa qu’au fond, il n’aimait aucune saison.
Les mois passèrent. Il tenta de nouveaux thérapeutes, des approches différentes, toujours dans le but de se guérir de ce "trouble psychologique" dont on disait qu'il était affecté. Mais chacun des thérapeutes rencontrés n'avaient à proposer en substance que les "recettes psychologiques traditionnelles". Se retrouver, remplir le vide avec soi-même, apprendre à s'aimer, retrouver son enfant intérieur... Mais ces recettes, Jacques les connaissait par coeur. Il les avait toutes essayées. Et pour lui, il n'était pas question de recommencer la douzaine d'années de psychothérapie qu'il avait déjà faites.
Le temps passa.
Il s’en remit, bien sûr. On s’en remet toujours.
Le temps passa.
Il s’en remit, bien sûr. On s’en remet toujours.
Il constata qu’il arrivait très bien à vivre seul et qu’au final, il n’était pas du tout le dépendant qu’il croyait être.
Mais le vide était là. Toujours là. Grand comme le canyon du même nom. Immense comme l’espace infini entre les étoiles du ciel
« Non, je ne veux pas y aller. » - « Tu n’as plus le choix, il est trop tard pour changer d’idée. »
Il était une fois le 24 décembre 2013.
Le seul 24 décembre 2013 de l’histoire du monde.
Jacques ne se sentait plus de ce monde. Comme si sa présence était une erreur.
Il avait renoncé à tout. Aux femmes, aux amis, au bonheur. Il vivait, faisait son travail, y prenait le plaisir qu’il aurait dû y prendre, ce plaisir qui suffisait aux autres. Il avait une belle vie. Mais il manquait toujours quelque chose. Il avait même renoncé à comprendre la nature de son vide. Jacques ne pouvait plus dire qu’il était malheureux. Mais il ne pouvait pas dire non plus qu’il était heureux. Un an après le départ de Louise, Jacques avait rencontré Maryse. Il avait réussi à avoir une relation qu’il savait temporaire sans trop se faire de mal, malgré la fin abrupte empreinte une fois de plus de trahison. Une trahison qui ne l’étonnait plus.
Il avait renoué avec d’anciens amis, s’en était fait de nouveaux.
Depuis près de trois ans, maintenant, Jacques vivait. Sans plus. Ni heureux, ni malheureux, profitant du plaisir lorsqu’il se présentait, accompagné de ce vide familier.
Il avait coupé définitivement avec les gens qui lui avaient fait du mal. Tous les gens. Cela avait été bon pour lui.
Jacques n’était pas heureux, mais il n’était pas malheureux non plus. Il remplissait ce qu’il croyait être sa mission. Il le faisait bien. Et une partie de lui, toujours en attente, ne faisait plus trop mal. Il attendait sans attendre. Il n’y croyait plus. Plus pour lui. Plus pour ce genre de vide qu’il avait fini par croire venu d’un autre lieu et qui échappait vraiment à toute thérapie.
Ce n’était pas une maladie.
Ce n’était pas un défaut.
C’était juste là. Un vide qui ne se comblerait jamais. Comme une sorte d’amour attendu qu’aucun amour ici-bas ne saurait compenser. Le vide laissé par une âme-sœur jamais trouvée et qu’il ne cherchait plus.
Et il s’en était accommodé.
En ce 24 décembre 2013, il était près de minuit.
Jacques éteignit les lumières du sapin en même temps qu’il refermait le livre de son âme.
Oui, il avait fait un sapin.
En espérant, une fois de plus, la magie de Noël.
Une magie qui n’était pas venue. Comme toujours.
Jacques se sentait las.
Il s’installa dans son lit, son grand lit froid, vide de toute âme-sœur. Désespérément vide.
Appuyant sa tête sur l’oreiller, il se prit à murmurer une prière :
« Dieu, cher Dieu, dont je ne connais pas l’existence et qui m’a toujours refusé mes prières. Dieu, cher Dieu. Existes-tu seulement? Ne vois-tu pas que je n’en peux plus? Ne vois-tu pas que j’ai besoin de cette magie que l’on promet dans les histoires, dont rêvent les enfants, à laquelle j’aspire de tout mon cœur depuis soixante longues années sans jamais l’avoir connue? Ne vois-tu pas ce vide immense qui encombre l’espace de mon âme? Oh Dieu, cher Dieu. Je sais bien que tu ne feras rien. Mais je ne serais pas fidèle à ma propre expérience si je ne te demandais pas de m’envoyer ce soir, même en rêve, une réponse claire à ma vie. Bon sang… mais qu’est-ce que je fous ici avec ce vide immense? Bon, je m’emporte. Je m’emporte comme si tu existais. Allez. Bonne nuit. »
Et Jacques s’endormit.
Black-out.
Pas de rêve.
Puis une voix : « Jacques… »
« Psst… Jacques! »
Au fond de lui, Jacques, conscient de cette voix comme s’il était éveillé mais conscient aussi de son corps qui dormait, se sentit tout drôle. Quelque chose se passait. Il entendait son nom. Soudain à l’aise dans sa conviction qu’il faisait un rêve conscient comme il en avait déjà fait par le passé, Jacques décida de jouer le jeu.
Mais c’était soudainement un bizarre de jeu.
Il n’arrivait pas à identifier ce qui se passait en lui. Quelque chose qu’il n’avait jamais connu.
« Jacques, Jacques, Jacques… », entendait-il répéter.
« Oui, répondit-il, qui es-tu? »
« Tu dois me reconnaître, Jacques. Tu le dois absolument. Ce sont les règles. Cherche. Cherche bien en toi. »
Jacques se concentra. Il sentait bien que quelque chose n’était pas comme d’habitude. Il se demanda si ce rêve allait durer longtemps, se demanda quelle heure il était sans oser s’en inquiéter davantage de peur de se réveiller.
Cette voix… Il ne la connaissait pas et pourtant, elle lui semblait familière.
« Je ne reconnais pas ta voix, dit-il »
« Ne cherche pas en moi, répondit la voix. Cherches en toi. Ne le sens-tu pas? »
Jacques était bien. Il n’avait jamais été aussi bien. Amusé aussi de ce tour un peu drôle que lui jouait son inconscient.
Cherche en toi, avait dit la voix…
Et soudain, Jacques comprit…
Le vide…
Le vide n’était pas là…
Il se sentait bien et le vide n’était pas là…
Cette voix… cette voix monta alors à nouveau :
« Jacques… »
Et Jacques s’écria : « C’est toi? Enfin c’est toi? »
La voix répondit : « Oui Jacques. On se retrouve enfin, mon amour. Mon délicieux amour. Tu m’as tellement manqué. »
« Mais enfin, où es-tu autre que dans mes rêves? Comment puis-je faire pour te retrouver? Je te cherche depuis tant d’années. »
« Je ne suis pas de ton monde, Jacques. C’est pour ça que tu ne me trouvais pas. Ah Jacques, mon grand amour, je te demande pardon. Je voudrais tellement que tu me pardonnes. »
Jacques ne trouvait plus ses mots. Qu’y avait-il à pardonner? Pour la première fois de sa vie, en rêve au moins, il retrouvait celle qu’il avait toujours voulue. Et il était heureux. Tellement heureux. Et ce vide qui avait disparu! Il ne manquait plus rien. Rien du tout. Pour la première fois.
« Mais que pourrais-je te pardonner mon cœur. Je suis tellement heureux. Tellement content de t’avoir retrouvée. Et pourquoi me dis-tu que tu n’es pas de mon monde. Tu es où? Comment puis-je te retrouver? »
« Tu m’as maintenant, mon amour. Je ne partirai plus. Mais je t’ai abandonné. Et il faut que tu me pardonnes pour ça. »
Jacques était confus. Il ne comprenait rien de ce que cette voix disait. Tout ce qu’il savait, c’était qu’il goûtait parfaitement la joie d’être plein, sans vide, pour la première fois de sa vie.
Tout ce qu’il put dire alors était : « Je n’y comprends rien. Je n’y comprends rien et je ne veux pas me réveiller pour sentir à nouveau ce vide insupportable. Combien de temps avons-nous avant le matin?»
« Nous avons tout le temps, mon amour, répondit la voix. Et je vais ta rappeler ce que tu sais déjà. Ouvre simplement ton cœur, ouvre-moi ton âme et tu te souviendras. Car ma tâche à présent, n’est pas vraiment de t’expliquer, mais plutôt de faire ne sorte que tu te souviennes. Tu te souviens de nous, Jacques? »
« Pas vraiment, répondit Jacques immédiatement, mais je sais que tu es mon âme sœur. Celle que j’ai cherchée pendant soixante ans. Où étais-tu, pourquoi ne t’ai-je pas trouvée? »
« Je devais m’appeler Hélène en ce monde, mon amour. Nous devions nous rencontrer à l’automne de tes 16 ans. Tu te souviens de Marie, bien sûr. »
« Mais oui, Hélène. Je ne pourrais pas oublier Marie. »
« Hé bien mon amour, Marie, ça devait être moi, Hélène. »
Jacques fut encore plus confus. Hélène continua.
« Nous avions préparé notre vie. Nous devions venir sur terre comme couple, homme et femme, avec la mission d’aider les gens à traverser les étapes de leurs vies. Nous devions expérimenter la fusion saine d’un couple uni qui a une mission commune. Mais pour expérimenter cela, nous devions vivre des épreuves dans l’enfance qui nous auraient fait nous reconnaître à 16 ans. Ces épreuves étaient difficiles à surmonter. Très difficiles. J’étais hésitante, toi aussi. Mais nous avons décidé d’y aller quand même. »
Jacques commençait à sortir de sa confusion. Les morceaux du casse-tête s’assemblaient doucement.
« C’est pour ça que je m’entends crier « Non, je ne veux pas y aller » juste avant de naître, murmura Jacques, pensivement. »
Pas tout à fait, reprit Hélène. Ce que tu ne sais pas, c’est que moi, j’ai changé d’idée juste avant qu’il soit trop tard. Et c’est le fait que je ne m’incarne pas que tu as senti. Tu as senti mon absence et alors tes doutes se sont transformés en conviction : tu ne voulais plus y aller. Mais il était trop tard pour toi. Tu avais passé le cap. Tu devais naître. »
« Et depuis ce jour, j’ai senti ton absence, termina Jacques. »
« Oui mon amour. Et c’est en cela que je veux que tu me pardonnes. Je t’ai abandonné. Je n’ai pas eu le courage. »
« Mais mon cœur, répondit Jacques, il va de soi que tu es pardonnée. Tu es moi et je suis toi. Comment pourrais-je t’en vouloir? Mais étais-ce nécessaire d’avoir cette vie-là, alors que j’étais seul. N’aurait-elle pas pu être plus facile? »
« Tu ne te souviens pas du "Plan B", demanda Hélène? »
Jacques pensa un instant : « C’est très vague. Très très vague… »
Hélène continua de parler : « Le "Plan B" est celui que l’on choisit si justement l’un ou l’autre n’a plus la possibilité de continuer. Lorsque vint le temps de préparer le "Plan B", tu avais dit : si Hélène ne vient pas avec moi, je me sentirai tellement trahi que l’occasion sera belle d’expérimenter la trahison en ce monde et… »
« …de régler des comptes accumulés depuis longtemps, acheva Jacques. » Il se souvenait…
Il continua tout de suite : « Lorsque notre âme sœur quitte, l’univers met immédiatement en place le "Plan B". J’ai dû garder la mission mais à travers ce plan qui était… »
« …de vivre la trahison, compléta Hélène. Trahir et être trahi. Tout cela en lien avec d’autres âmes avec qui tu avais eu des liens auparavant. Et c’est aussi pour ça que tu as eu cette forte impression d’âmes-sœurs en rencontrant ces personnes. Elles t’étaient liées. Et, à partir de 40 ans, chacune de ces relations aurait pu marcher. Tu étais prêt. Mais la liberté existe, et les choix qui ont été faits ne sont pas à discuter.»
Il y eut un silence…
Un silence lourd mais plein. Plein de compréhension, de tolérance, d’amour retrouvé. Plein de sens. Et lourd de sens aussi puisque Jacques prenait peu à peu conscience de ce qui était en train réellement de se passer. C'était énorme. C'était important...
« Je n’ai plus beaucoup de temps pour penser à mes enfants, dit-il. »
« En fait, cliniquement, dans ce monde, tu es déjà mort, le renseigna Hélène. Un infarctus silencieux t’a emporté. Je ne pourrais pas te parler sinon. Je ne pouvais pas me manifester à toi tout au long de ta vie. Je ne pouvais pas ajuster mes vibrations à celles de la terre. Je t’ai suivi, pourtant. Tout le temps. Je pouvais te sentir, mais toi, tu ne sentais que le vide de mon absence. Je vivais pourtant indirectement tout ce que tu vivais. Et je me préparais. Pour l’heure, ton corps repose tranquillement dans ton lit.»
« Mais où sommes-nous, dit Jacques? »
« En transit, répondit Hélène. »
« Déjà? »
« Oui, déjà. Il reste encore le "Plan A". »
« Et mes enfants? »
« Ils sont tous dans leur "Plan A". Aucun ne dévie de sa route. Ça se passera bien pour eux. Tu as eu des enfants qui ont tous choisi des routes difficiles. Mais ils ont la force de la parcourir. Il est temps de les quitter. Leurs guides s’occupent d’eux. Et il est temps maintenant que je te dise que je suis prête. Je ne te lâcherai pas cette fois. »
« Mon trésor, répondit Jacques, enfin rempli de lui-même. Je suis toi et tu es moi. »
« Nous l’avons toujours été, mon amour. Nous ne sommes pas des âmes soeurs, nous sommes des âmes jumelles. »
Jacques se souvint de la nature des âmes jumelles. Une seule âme partagée volontairement en deux parties autonomes mais liées à jamais... Puis ce fut le noir. Un noir si profond qu’on ne pouvait que s’y abandonner. Mais un noir sans vide. Enfin.
Dans ce noir, Jacques se sentait à l’étroit. Du liquide remplissait sa bouche mais ne l’étouffait curieusement pas. Un bruit sourd se faisait entendre. Un bruit que Jacques connaissait. Le bruit d’un cœur. Celui de sa mère.
Soudain Jacques fut envahi par un sentiment de douceur incroyable et sentit son âme envahie de lumière. La lumière significative de l’ange. Doucement, l’ange lui transmit ces simples mots : « Elle est là. Elle sera là. »
Aussitôt, Jacques eut connaissance de tous les détails du "Plan A", celui qu’il s’apprêtait à vivre. En un éclair, tout était palpable, compréhensible, logique, impeccable.
Il se ramena à son âme. Il la sentait. Sa jumelle. Son autre lui-même. Elle était vraiment là.
Au loin, il entendait des musiques. Des musiques de Noël…
Puis il sentit un doigt se poser sur ses lèvres puis un chuchotement… « Tu t’appelleras Pascal… Chut… oublie! »
Et ce fut à nouveau le noir…
La musique de Noël jouait. Pascal l’entendait. Du fond du ventre de sa mère, il bougeait déjà ses petits pieds et ses petites mains.
Pascal aimait la musique de Noël.
Pascal aimerait Noël.


Dans ce conte, je ne peux m'empêcher de déceler un fond de tristesse parce qu'il laisse entrevoir que Jacques n'aura jamais pu combler son vide dans cette vie...et que l'âme-soeur l'attend quelque part... ailleurs... dans une autre vie!
RépondreSupprimerSelon moi, personne d'autre que soi-même ne peut remplir le vide. C'est le fait de trouver un sens à sa vie qui fait qu'on n'a plus besoin de chercher... À ce moment-là, la vie pleine et signifiante, je crois qu'on la porte en soi.
"Personne d'autre que soi-même ne peut remplir le vide" est la réponse de la psychologie traditionnelle. Lorsqu'il s'agit effectivement de ce vide existentiel, la plupart du temps, la découverte d'un sens à sa vie est suffisante pour "régler le problème". Viktor Frankl, par exemple, a amené au monde la logothérapie qui, à cet égard donne de bons résultats. Ce que j'ai voulu amener ici, c'est qu'il y existe peut-être des humains qui, malgré toutes ces découvertes intérieures, malgré des années de psychothérapie, ne réussiront pas à combler ce vide. Parce que les réponses traditionnelles ne marcheront pas avec eux.
RépondreSupprimerC'est vrai...il y a beaucoup d'êtres humains qui ne réussissent pas à combler ce vide; j'en connais, j'en ai connus! Mais malgré tout, je garde espoir pour eux car on ne sait jamais ce que la Vie a en réserve. Il y a parfois des cadeaux de Vie qui arrivent quand on ne les attendait plus...
RépondreSupprimerJe ne vous souhaite que du bon en ce temps des Fêtes qui approche!
Écriture poétique et touchante. Il y a des images fortes se dégageant des mots ; on ne fait pas que lire le conte, on le voit.
RépondreSupprimerIl me rappelle cette alégorie disant que l'on choisirait nos parents et notre vie avant de naître en fonction de ce qui serait le mieux pour notre épanouissement d'une vie à l'autre.
Bref, en fonction de cette philosphie, Jacques vit peut-être une vie plus difficile qui lui permettra néanmoins de comprendre certaines choses l'amenant vers le mieux pour son prochain passage.
Il y a certes une tristesse derrière tout cela, mais également une grande beauté à tirer de tous ces constats.
Une réflexion sur l'humain dans son défaitisme, dans sa mélancolie, mais aussi dans son devenir et ses possibilités.
À nous de voir si nous préférons le surplace et l'indécision ou le risque et l'épanouissement...
Alain Lessard
J'ai subi le rejet-abandon-trahison toute ma vie. Suite au décès de mon mari en 1988, j'ai fait une catharsis sur les blessures de l'enfance. Je découvris que j'avais un frère jumeau mort par avortement, il ne fit qu'UN avec moi pour renaitre. Je suis sa jumelle, j'ai survécu à l'avortement (1953). Je compris alors d'où...provenait ce grand vide en moi. J'ai vécu 10 vies en une. Je ne reviendrai pas, car j'ai pris le chemin le plus court et le plus difficile: intégration physique, mentale, spirituelle et émotive...Merci à la vie humaine.
RépondreSupprimerSuzanne St-L. (plumes)