jeudi 24 novembre 2011

Pour que s'arrête le mépris entre les femmes et les hommes.

J’ai été témoin hier soir d’une publication qui circulait sur Facebook. C’est une femme dont le Facebook dit qu’elle est intervenante dans un organisme communautaire qui l’a publiée. Son Facebook laisse également entendre qu’elle est éducatrice spécialisée. Voici cette publication :

Ceci est un toast à nous. Pour l'homme qui nous a. Pour les loosers qui nous avaient. Et les gens chanceux qui vont nous rencontrer! Tu as été visée. Tu es considérée comme l'une des plus merveilleuses femmes sur ma liste d'amies. Une fois que tu es visée, tu dois choisir 12 femmes formidables! Si on te choisit à nouveau, c'est que tu es vraiment extra. Si tu brises la chaîne rien du tout ne t'arrivera, si tu la continues, tu feras des heureuses. Donc: choisis 12 femmes formidables dans ta liste d'amies et fais-leur savoir qu'elles sont merveilleuses!

Pour les loosers qui nous avaient…

Ouais.

Quand j’ai lu cette phrase, j’ai vécu des émotions très intenses. Trop intenses même pour la portée de cette publication.

J’ai été d’abord en colère. Une très grande colère à l’égard de la personne qui avait publié ça.

J’ai vécu aussi de la rage également plus intense que la portée même de cette publication. Une sorte de rage diffuse contre l’autre sexe.

J’ai attendu. Ça ne passait pas.

Lorsque quelque chose nous réactive à ce point, on sait que ça nous appartient, que ça dépasse le contexte, qu’il faut entrer plus profond en soi pour découvrir le besoin fondamental qui est là et qui manque dans notre vie.

J’ai d’abord pensé que ça me connectait à un besoin de justice. Je me disais que tous les gars qui ont des ex ne sont pas des loosers et que sans doute, parfois, c’est aussi exactement le contraire qui se passe. Ce n’est donc pas juste de dire ça.

Mais normalement, lorsqu’on est connecté à notre besoin profond, la colère disparaît et on se retrouve prêt à agir pour répondre à notre besoin.

Mais ça ne passait pas.

J’étais toujours heurté par cette phrase.

Je me suis alors demandé comment je la recevais pour que ça me heurte comme ça.

La réponse fut immédiate : comme du mépris.

Plus… je la recevais comme le mépris des femmes envers les hommes… en général.

C’était diffus. Pas très clair.

Et là, le besoin a surgit. Clair comme de l’eau de roche. Évident.

J’ai besoin de respect.

Plus encore. J’ai besoin que les hommes soient plus respectés par les femmes qu’ils ne le sont parfois actuellement.

Et j’ai aussi besoin de l’affirmer clairement. D’où ce texte aujourd’hui.

En effet, je pense qu’il y a une confusion dans notre monde. Une confusion qui nuit à l’entente entre les hommes et les femmes et qui est fondamentale.

Lorsqu’il y a quelques années, les femmes ont réclamé à juste titre cette égalité que nous, les hommes, leur avions honteusement enlevée au cours de siècles d’histoire, il a fallu pour elles établir un rapport de force qui leur permettait de l’obtenir. Elles avaient raison.

Et l’histoire a continué par des mouvements représentant les femmes qui ont réclamé leurs droits.

Seulement voilà.

Il semble qu’il se soit installé un simili-droit chez les femmes qu’ils avaient voulu enlever aux hommes mais qu’ils récupéraient à tort pour eux : le droit de mépriser. Plus encore, le droit de faire les bêtises qu’on dénonçait chez les hommes.

Dans toute cette aventure pour l’égalité de la femme, en effet, une petite tendance insidieuse a vu le jour.

Et le problème, dans tout ça, c’est que nous, les hommes, ne sous sommes pas donné le droit de la dénoncer.

Parce que quand on est un homme, dans notre société, c’est mal vu de parler des droits des femmes. Quand on est un homme, dans notre société, on ne comprend pas les femmes. On n’a pas le droit au chapitre.

Alors on n’a pas dit : vous allez trop loin, l’égalité, ce n’est pas ça.

Si bien que de nos jours, lorsqu’un groupe d’hommes fait des blagues salaces sur les femmes, ce sont des horribles machos. Mais quand un groupe de femmes fait des blagues du même ordre sur les hommes, elles sont « hot ».

Il n’y a pas si longtemps, j’écoutais une pub de la chaîne « Mademoiselle ». Un homme passait une entrevue avec un groupe de femmes et disait quelque chose du genre : je ne suis pas certain qu’on ait évolué. Il parlait honnêtement, semble-t-il,  avec son cœur. Tout de suite la séquence changeait et les femmes s’exclamaient : « Ça c’est intéressant ». Pourquoi avoir choisi cet extrait pour faire de la pub? À mon avis, c’est simplement parce que c’est bien vu qu’un homme avoue des limites. Ça, c’est intéressant. Il est en position basse. On peut s’intéresser à lui. C’est donc bien vrai qu’on n’a pas évolué… Pourtant, c’est faux. On a évolué. Pourquoi ne pas avoir diffusé un extrait sur le partenariat entre les hommes et les femmes? Probablement parce que ce n’est pas vendeur.

Revenons à la publication de cette « intervenante » dans un organisme communautaire de la région. Si un homme avait publié quelque chose comme : « Pour toutes les looseuses qui nous avaient… », il aurait été taxé de macho, de mâle insipide qui trône sur sa suffisance, de frustré de la vie, de « pauvre petit minou blessé ». Bref, on l’aurait immédiatement stoppé et ridiculisé.

Mais si on s’offusque contre de telles paroles venant de femmes, on n’est pas politiquement corrects. Ça ne se fait pas maintenant.

Bien honnêtement, je ne m’ennuie pas du tout de m’être laissé contrôlé par une attitude de victime; je ne m’ennuie pas non plus des scènes violentes subies après l’ingurgitation compulsive de « stingers »; je ne m’ennuie pas non plus de silences d’une extrême violence subis parfois. Car le silence peut souvent être aussi d’une extrême violence.  Et quand j’y repense, je ne me trouve pas vraiment « looser » de ne plus être en couple avec ces femmes. Je ne crois pas non plus que mes ex s'ennuient de certaines paroles violentes que j'ai eues, des trahisons que j'ai faites ou du doute systématique que j'ai déjà fait sentir. Et je ne crois pas qu’elles soient "looseuses" non plus de ne plus être avec moi.

La vérité sur les couples, c’est que quand ils se séparent, c’est généralement aux deux qu’incombe la responsabilité de l’échec. C’est généralement parce qu’ils n’étaient tout simplement pas compatibles ou qu’ils n’ont pas su, tous les deux, agir dans le sens de la construction et du maintien du couple. Personne n’est « looser » et personne n’est « winner » dans cette histoire. C’est simplement le drame de deux âmes qui ne se sont pas accordées.

Si on a besoin de traiter notre ex partenaire de « looser », c’est que notre estime de nous-mêmes n’est pas encore tout à fait rétablie. Et quand le mépris est le seul outil que l’on trouve pour la rehausser, c’est simplement dommage. Si un homme faisait ça, ça serait inadmissible. Ça l'est tout autant venant d’une femme. Et à plus forte raison d’une intervenante éducatrice spécialisée chez qui on s’attendrait à plus de discernement.

Aucune phrase méprisante ne devrait plus le sortir de la bouche de quelqu’un, qu’il soit homme ou femme. Le temps n’est plus aux luttes. Il est à la collaboration.

Si, mesdames, vous voulez réclamer un droit légitime que vous n’avez pas encore, je me battrai à vos côtés avec l’intensité requise pour le combat. Je serai votre partenaire et votre ami. Je serai là, avec toute la puissance et la force de ma volonté.

Mais si d’aventure vous désirez utiliser votre tribune pour faire couler du venin de mépris, je me battrai aussi, mais cette fois contre vous, avec encore une fois la même intensité, le même courage et la même force de volonté que si j’étais à vos côtés. Pas comme un homme contre une femme, mais comme un humain refusant le mépris.

Parce que ce mépris, y’en a marre.

Parce que personne, homme ou femme, n’a le droit de faire ça.

Parce que le mépris n’engendre que le mépris. Ça n’a jamais donné d’estime de soi.


Cette publication de Facebook me connecte à mon besoin de respect. J'ai l'élan de demander aux femmes d'avoir la bienveillance d'y apporter leur contribution.


Et pour ça, je demande à celles qui la reçoivent, soit de la corriger avant de la transmettre, soit de l'enlever de leur mur.


Merci.

4 commentaires:

  1. Je suis entièrement d'accord avec vous. J'ai déjà publié cette annonce moi aussi, en spécifiant qu'elle ne s'adressait pas à tous les hommes de ma vie, mais simplement au dernier...S'il est vrai qu'un couple se construit et se détruit à deux, il est aussi vrai que parfois un homme peut détruire gratuitement une femme qui lui a fait confiance...Mais le contraire est aussi vrai. Je prônes le respect autant pour les hommes que pour les femmes et avec le recul, je me rends compte qu'il est vrai que le mépris n'engendre rien de bon...Ce n'est que de l'énergie gaspillée à ressasser le passé plutôt que de se concentrer à se bâtir un plus bel avenir...Sur le coup, j'étais révoltée qu'il aie si mal agit et qu'il n'aille aucune conséquence, que lui soit heureux et qu'il se fiche bien de m'avoir blessé et d'avoir changé ma vie à ce point (Oui, je sais, on est responsable de nos actes et c'est à moi d'assumer le fait que je l'ai cru et suivi, mais reste que je trouve inacceptable de jouer avec les sentiments d'un autre!), mais après, je me suis rendue compte que c'était moi qui perdait mon temps et mon énergie et que le haïr à ce point ne le changerait certainement pas ni ne le rendrait plus coupable...C'était à moi d'avancer...Le mépris, c'est de donner notre énergie dans une cause qui n'engendre rien de bon, au lieu de l'exploiter à bon profit!

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  2. La vérité sur les couples, c’est que quand ils se séparent, c’est généralement aux deux qu’incombe la responsabilité de l’échec. C’est GÉNÉRALEMENT parce qu’ils n’étaient tout simplement pas compatibles ou qu’ils n’ont pas su, tous les deux, agir dans le sens de la construction et du maintien du couple. Personne n’est « looser » et personne n’est « winner » dans cette histoire. C’est simplement le drame de deux âmes qui ne se sont pas accordées.
    TRES d'accord avec toi!!!!!

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  3. Depuis que j'ai écrit ce texte, j'ai eu plusieurs réactions publiques et privées. Un point sur lequel je voudrais répondre, c'est celui sur lequel certains semblent croire que je fais tout un plat d'une "petite blague internet de mauvais goût". Je suis d'accord avec ça. C'est la raison pour laquelle je mentionne au début du texte que ma réaction est plus grosse que la publication. Voici une anecdote datant de l'époque du "women's lib". À l'époque, j'étais soucieux de mettre les deux genres à différents mots. J'avais donc écrit: étudiant(te). Une femme m'avait dit qu'il fallait l'écrire avec des traits d'union parce "qu'on ne met pas une femme entre prenthèse". Bon. Sa réaction m'avait aussi semblée exagérée. Sauf que je l'ai fait. Je l'ai fait parce que j'ai compris qu'il ne s'agissait pas de parenthèses en écriture mais bien d'une mentalité à changer. C'est la même chose ici. Il y a, je crois, une mentalité à changer.

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