Bien sûr, une bonne psychothérapie peut être adéquate pour les problèmes enracinés depuis longtemps en soi.
Cependant, il y a une façon de vivre qui peut aider grandement.
Je publie ici un extrait du manuscrit brut et non corrigé du livre que je suis en train d'écrire: Le principe de l'hirondelle. J'espère que cet extrait saura vous aider.
J'y parle de l'observation de soi.
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La première attitude que je vous propose est d’être dans l’observation de vous-mêmes. Une sorte d’observation bienveillante qui permet de voir ce qui se passe en vous sans porter de jugement, ni sur ce qui provoque une réaction, ni sur la réaction elle-même.
Cela consiste à se tourner vers l’intérieur de soi et de voir les parties de nous qui sont en train de vivre quelque chose.
Bon. Ça parait bizarre.
Pour bien comprendre, il faut savoir que ce que nous vivons, nous ne le vivons pas de façon unifiée. En fait, il y a plusieurs parties de nous-mêmes en nous.
Faisons un exercice.
Commençons par quelque chose de léger.
Prenez une envie que vous avez.
Je vais vous donner un exemple avec une envie qui me vient parfois. Une simple envie. Et voyons ce que ça donne.
Supposons que vous ayez envie de manger un BigMac. (Mettez votre envie ici, c’est important de partir de la vôtre.)
Plutôt que de vous précipiter au restaurant ou encore de vous l’interdire à cause d’un régime, observez cette envie.
Entrez à l’intérieur de vous et observez-la.
Et dites intérieurement : Il y a en moi l’envie de manger un BigMac. Je ne suis pas cette envie, cette envie est en moi. Je peux l’observer. Elle est immense. Il y a en moi une partie de moi qui a très envie de manger un BigMac.
Continuez d’observer.
Je vois qu’elle prend beaucoup de place.
Continuez d’observer. Y a-t-il autre chose?
J’observe aussi un jugement : « Tu vas encore manger du junk… Tu vas crever du cœur. »
Je ne suis pas ce jugement. Il est en moi. Mais plus je l’observe, plus il prend de la place… jusqu’à devenir aussi gros que l’envie de manger le BigMac.
Continuez d’observer…
Je vois qu’il commence à y avoir une sorte de guerre en moi. Il y a comme une partie de moi qui veut manger le BigMac et une autre partie de moi qui l’engueule de vouloir le manger.
Il y a comme un dialogue intérieur qui se passe.
Continuez d’observer…
Vous voyez?
Nous ne sommes pas un.
Il y a en nous plusieurs parties de nous.
C’est ainsi. Nous sommes faits ainsi. Toujours.
Non, ce n’est pas pathologique. Nous ne sommes pas malades. C’est simplement comme ça.
Arrêtons-nous ici et faites l’exercice.
Vous allez me dire : « Non, ce n’est pas nécessaire, j’ai compris. »
Permettez-mois alors de vous dire que vous avez compris avec votre tête. Mais cet exercice est un exercice d’accueil de soi. Il faut bien plus que notre tête pour accueillir. Il faut vivre, sentir, éprouver ces parties de nous-mêmes qui sont là. Il ne faut pas « savoir » qu’elles sont là. Il faut les « sentir ».
Alors je vous en prie, faites cet exercice. Faites-le maintenant. Il est simple. Si vous ne le faites pas, vous risquez d’être incapable de « comprendre » le prochain qui est beaucoup plus difficile parce que beaucoup plus émotif. Et si vous voulez comprendre vraiment ce que j’entends par observation, c’est important de bien sentir la chose.
Partez d’une envie que vous avez. Au besoin relisez cette partie et recommencez si vous ne savez plus quoi faire. Il s’agit juste d’observer ce qui se passe en vous. Chaque envie, chaque émotion est une partie de vous pas n’est pas tout vous. Et s’il vient des jugements, observez cette partie de vous jugeante. Chaque être humain vit avec des parties de lui différentes de celles des autres, mais nous avons tous ce juge intérieur. Il est en général implacable. Apprenez à l’observer. Surtout sans le juger à son tour.
Partez d’une envie que vous avez et essayez-le.
Ne passez pas à l’autre exercice sans avoir réussi celui-ci, c’est-à-dire sans avoir réussi à observer une partie de vous sans jugement tout en réalisant que ce n’était qu’une partie de vous.
Mais cette partie de vous existe réellement. Si vous ne l’aimez pas, vous risquez de la rayer de votre conscient, de la nier. Pourtant elle est là et deviendra quand même un moteur important de vos comportements. Mieux vaut donc savoir qu’elle existe.
Vous avez pu observer une partie de vous en train d’avoir une envie tout en expérimentant que ce n’était qu’une partie de vous? Très bien. Vous n’avez pas réussi? Recommencez. Simplement. À un autre moment, dans de meilleures conditions de silence, les yeux vraiment fermés. Recommencez jusqu'à ce que vous réussissiez. Ne vous inquiétez pas. Vous allez y arriver.
Faisons maintenant un autre exercice avec quelque chose de plus gros. De beaucoup plus gros. De beaucoup plus impliquant émotivement. Vous êtes prêts?
Il y a quelques temps, un cardiologue de Montréal a poignardé ses enfants de façon atroce et durant son procès, les membres du jury ont déclaré qu’il n’était pas criminellement responsable de ses actes. Cela a soulevé l’indignation. Les gens se sont mis à crier à l’assassin. Beaucoup ont douté du système juridique. Des mots très violents se sont mis à circuler sur le net.
Bon. Voici l’exercice.
Pensez à ce jugement du tribunal.
Non, ne dites pas tout de suite que le cardiologue est un assassin.
Non, ne dites pas tout de suite que les membres du jury sont des cons.
Non, ne dites pas non plus tout de suite que ceux qui crient à l’assassin sont des cons.
Retenez-vous.
Pensez juste à cela… et observez.
Observez en vous-mêmes ce que ça vous fait.
Observez ce qui se passe en vous.
La première chose que vous allez rencontrer est sans doute la colère ou l’indignation.
Parfait.
N’entrez pas dans cette colère ou cette indignation. Ne devenez pas cette colère.
Ne faites que l’observer.
Je vais rédiger l’exercice avec la colère. Vous pouvez le faire avec tout autre sentiment.
Observez votre colère.
Et dites : « Je vois qu’il y a en moi de la colère. Je ne suis pas cette colère. Elle est en moi. Je l’observe. Elle est immense (ou elle est petite, ou moyenne – observez seulement). C’est une partie de moi, mais ce n’est pas tout moi. »
Et continuez d’observer cette colère.
Il peut arrivez que vous soyez complètement absorbé par cette colère, qu’elle vous envahisse complètement. Si c’est le cas, vous êtes submergés. Il y a en vous un tourbillon d’émotions, un tourbillon d’idées et la tête ne vous arrête plus.
Observez le tourbillon. Dites : « Il y a en moi un tourbillon qui fait que je ne vois plus clair en moi. Je ne peux que regarder le tourbillon. Observez-le. Observez-le comme si vous n’y étiez pas mais que vous étiez en dehors. Visualisez-le. De quoi a-t-il l’air?
Ne vous jugez pas. Ne dites pas : « Je ne suis pas bon, je ne suis pas capable. » Ne dites-pas non plus : « Rochette est un con, il me demande des choses impossibles. » Ce n’est qu’une façon de vous justifier de ne pas y arriver. Personne ne vous juge. La plupart des gens en ce monde vivent complètement submergés par une partie d’eux-mêmes. Ils ne le savent pas. C’est juste comme ça.
Contentez-vous d’observer la tempête. Elle va se calmer. Attendez. Un moment donné, vous serez capable d’observer cette partie de vous en colère. Répétez encore que vous n’êtes pas cette colère. Une partie de vous est en colère. Ce n’est pas tout vous.
Et continuez d’observer. Lentement. N’allez pas trop vite.
Y a-t-il autre chose en vous?
Continuez à rester présent à cette colère…
Voyez-vous autre chose?
Si vous ne voyez rien d’autre, c’est simplement parce que vous avez à continuer à observer la colère. Vous êtes encore trop cette colère et vous ne l’observez pas assez. Essayez de vous visualiser en colère. Voyez-vous vous-mêmes en colère. Ne forcez pas. Laissez l’image se former doucement dans votre esprit. Vous voyez-vous?
Ça y est?
Observez ce personnage de vous qui est en colère. Comment est-il habillé? Quel âge il a?
Continuez à l’observer.
Jusqu’à ce que l’image soit vraiment claire.
Écoutez le personnage maintenant. Que dit-il? Vous entendrez sans doute bien des gros mots, bien des jugements. Ne les bloquez pas. Ils sont là, en vous. Ce personnage en colère est vraiment en colère. Peut-être le trouverez-vous grossier, exagéré, impoli? Continuez de l’observer. Et si un jugement sur lui apparaît, observez simplement qu’il y a une autre partie de vous qui juge. Vous n’êtes pas cette partie. Elle est là. C’est une partie de vous et non pas tout vous.
Voilà.
Y a-t-il autre chose en vous? Vous allez peut-être être maintenant capable de contacter autre chose. Une tristesse peut-être pour ces enfants?
D’accord. Observez cette tristesse. N’entrez pas dans la tristesse. Regardez-la. Et dites : « Il y a en moi une partie de moi qui est triste et une partie de moi qui est en colère. Elles ne sont pas tout moi. Ce ne sont que deux parties de moi. »
Et continuez d’observer.
C’est tout.
Vous allez remarquer que cette façon de faire ne vous coupe pas de vos émotions. Vous pouvez très bien sentir la colère, vous pouvez très bien sentir la tristesse. Mais ces émotions ne vous envahissent plus. Elles sont simplement là.
Être présent à soi, c’est ça.
Cette manière de procéder vient à la fois du bouddhisme et de la psychosynthèse, un courant de la psychologie datant du début du siècle et mis au point par Roberto Assagioli.
Bien sûr, la psychosynthèse est beaucoup plus que cela (le bouddhisme aussi) et si cela vous intéresse, un bon thérapeute formé en psychosynthèse pourrait vous faire aller beaucoup plus loin dans ce processus que l’on nomme désidentification et qui consiste essentiellement à ne pas se laisser submerger par une partie de soi qui prendra le contrôle de toute notre personnalité.
Mais déjà, si vous arrivez à observer les parties de vous qui sont présentes en vous et qui parfois même s’affrontent entre elles, vous avancerez beaucoup dans votre développement et arriverez à rester ouvert à beaucoup d’idées nouvelles.
« Et une fois qu’on a observé, on fait quoi? », me direz-vous.
Rien en fait.
On se contente d’observer.
Le développement est un processus lent et si l’on veut respecter notre rythme, on se contente d’observer.
Ces parties de soi-même vont évoluer. Vous allez assister à leur évolution.
Observez. Sans jugement. Ne faites qu’observer. Et vous verrez que votre vie va changer.
On peut appliquer cela à toute situation de la vie.
Vous êtes au restaurant avec un copain. Il dit ou fait quelque chose qui vous dérange. Soudain, vous êtes submergés par les émotions déclenchées par ce qu’il vient de faire ou dire. Ce n’est pas le temps de lui envoyer cette chose à la figure. Vous êtes submergés. Ça veut dire qu’une partie de vous vient de prendre le contrôle de vous-mêmes. C’est simplement le temps d’observer en vous ce « dérangement ». Que se passe-t-il? Quelle est cette partie de vous qui vient de réagir si fort qu’elle vous envahit complètement.
Dites-lui simplement : « Ce que tu viens de dire (ou de faire) me dérange beaucoup, mais je ne sais pas encore trop pourquoi. J’ai besoin d’y penser et nous en reparlerons. »
Et observez…
Si cela est trop envahissant, vous aurez peut-être besoin de vous retrouver seul. Respectez ce besoin. Avec le temps, vous apprendrez à mettre cela de côté et à y revenir plus tard pour ne pas avoir besoin constamment de couper la relation.
Vous reviendra là-dessus avec lui plus tard. Pas maintenant.
Lorsque cette partie de vous aura repris sa place et qu’elle ne vous envahira plus.
Parce que ce n’est jamais une bonne idée de discuter quand on se sent envahi. Parce qu’on n’est plus complètement nous-mêmes. On n’est plus qu’un partie de soi-même.
Et c’est avec tout notre être qu’il faut entrer en relation.
Autrement, ce ne sont que les parties blessées de nous-mêmes qui entreront dans des relations où elles tenteront de réparer des blessures qui n’appartiennent pas à l’autre, faisant de nos relations, des relations toxiques, faites constamment de projections.
Observez…
Vous verrez, ça, ça change le monde.
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